Pourquoi meurt-on tant dans les séries télé? Le cas d’«Un village français»

SERIE TELE «Un village français» reprend mardi à 20h40 sur France 3 pour une sixième et avant-dernière saison particulièrement meurtrière pour les personnages chéris du public…

Alice Coffin

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Raymond et Marie dans Un village français, saison 6.
Raymond et Marie dans Un village français, saison 6. — France 3.

Dans la vie et dans les séries télé, on meurt. Une entreprise de pompes funèbres a même établi le top 10 des shows où on meurt le plus. En tête, The Walking Dead. Un village français, série hexagonale qui entame ce mardi sa sixième saison, ne figure pas dans le classement américain. Pourtant, depuis les débuts du programme, un certain nombre de personnages ont disparu. Et, sans trop spoiler (mais ne lisez pas si vous n’avez pas encore vu la saison 5), cela va être encore plus vrai cette saison. Frédéric Krivine, l’auteur d’Un village français, nous explique pourquoi et qui on choisit de faire mourir dans un casting.

Un aveu d’abord. «Je ne me suis jamais levé le matin en me disant: "Tiens, aujourd’hui qui est-ce que je vais faire mourir", souligne Frédéric Krivine. Notre mission c’est au contraire d’amener les personnages vers le public, et il n’y a aucune raison une fois que cette rencontre s’est faite de les retirer personnages? Je n’ai aucun plaisir à les faire mourir». Mais alors pourquoi cela dézingue-t-il tant dans Un village français ?

Première raison: parce que la série parle de la Seconde Guerre Mondiale et qu’à la guerre, on meurt. En particulier pendant les semaines qui entourent la Libération. «En réalité, cette période a fait le plus de victimes en France avec la période du tout début de la guerre, note Krivine. Cette saison en est le reflet. A l’automne 1944, il y a eu statistiquement beaucoup de victimes». Supervisée par l’historien Jean-Pierre Azéma, la série suit ce cours. D’accord, mais pourquoi supprimer des personnages aussi attachants?

«La mort d’un personnage sert à faire passer un message, à ce que les gens, par l’émotion, se rendent compte», affirme Frédéric Krivine. Exemple, la mort de Marcel, résistant communiste, l'un des personnages centraux de la série, dans la saison 5. «On a une responsabilité par rapport au public quand on fait une série historique, explique Krivine. Il faut que les gens se rendent compte de ce qui s’est passé. Or, la vérité c’est que parmi les gens qui se sont engagés en 1941, la très grande majorité est morte. Dans une fiction, il n’y a pas d’autres moyens pour que les gens le réalisent que de faire mourir un protagoniste important. Statistiquement aussi, les résistants communistes ont représenté beaucoup des victimes, faire mourir Marcel que les gens aimaient bien était un moyen de le leur faire comprendre ».

Le contre-exemple de «La Liste de Schindler»

Pour étayer sa thèse Frédéric Krivine parle de La liste de Schindler. «On y voit des tas de cadavres, mais tous les Juifs auxquels on s’identifie survivent. Du coup, cela envoie le mauvais message. Spielberg a eu tellement conscience de son erreur qu’il a ensuite fait un mémorial