Non, ça ne sent pas (encore) le roussi pour les émissions culinaires à la télé

DECRYPTAGE Malgré l’absence de «Masterchef» sur TF1 cette saison et les audiences décevantes de la dernière saison de «Top Chef»,  la cuisine a toujours sa place sur le petit écran…

Anaëlle Grondin

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Extrait de l'émission «Objectif Top Chef», sur M6 à partir du lundi 10 novembre à 18h30.
Extrait de l'émission «Objectif Top Chef», sur M6 à partir du lundi 10 novembre à 18h30. — Aurelien FAIDY/M6

L’arrivée ce lundi soir sur M6 d’une nouvelle émission de cuisine, Objectif Top Chef, pourrait surprendre. Top Chef ayant réalisé ses plus mauvais scores d’audiences la saison dernière (2,8 millions de téléspectateurs en moyenne) et TF1 n’ayant pas renouvelé Masterchef cette année, on pourrait croire que les émissions de cuisine ne font plus recette. Mais il n’en est rien.

L’appétit des Français est toujours là. Si le chef Cyril Lignac (ex-Top Chef, Le Meilleur Pâtissier) estime qu’il y a trop d’émissions culinaires à la télévision, il a affirmé le mois dernier à TV Mag qu’il restait «encore de la place [pour ce genre]: les émissions de cuisine fonctionnent». «La cuisine existait bien avant, elle existera bien après. Oui, chef! était révolutionnaire il y a dix ans», a-t-il fait remarquer.

«Twist», «spin off» et célébrités

Un avis que partage Bertrand Villegas, cofondateur de la société The Wit, qui analyse les tendances de la télé dans le monde. «On n’est pas encore au bout de la mode», assure-t-il à 20 Minutes. Même si des émissions comme Top Chef et Masterchef ont perdu des fidèles au fil des ans, il pense que «ces marques fortes ne sont pas au bout de leur carrière et ne laissent pas beaucoup de place aux nouveaux entrants».

Bertrand Villegas estime que les émissions de cuisine parviennent à se renouveler «avec des twists, des spin off, des spéciales autour des candidats, des célébrités, des enfants, etc.» La preuve, Masterchef revient à l’antenne en 2015. La société de production Shine France nous fait savoir qu’il va y avoir un «virage», avec pas mal de changements. Matthieu Bayle, directeur des programmes de la société de production Studio 89, confie de son côté: «On réfléchit quand certains codes sont usés. Pas mal de choses seront réajustées pour Top Chef l’an prochain.»

Audiences en baisse ne signifient pas disparition du genre

Shine France vient par ailleurs d’acheter les droits de l’émission israélienne Help! I can’t cook («Au secours! Je ne sais pas cuisiner»), téléréalité qui propose de voir évoluer dans un institut gastronomique dix célébrités phobiques de la cuisine. «Impliquer les célébrités comme Danse avec les stars, ça donne de la notoriété, on en parle dans les magazines. Ca se fait beaucoup à l’étranger. Mais il faut bien choisir les personnalités, si ça reste les animateurs d’une chaîne, ce n’est pas intéressant», commente Aliette de Villeneuve, responsable des contenus chez NPA Conseil, cabinet spécialisé dans les médias.

Comme Bruno Villegas, elle pense que la cuisine reste «un thème fédérateur» à la télévision. «Il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait plus à l’antenne», selon elle. Ces programmes restent «une valeur refuge, de convivialité, de contact», renchérit Matthieu Bayle de Studio 89. «Les audiences des chaînes baissent d’année en année, c’est normal que celles des émissions baissent aussi», poursuit Aliette de Villeneuve. En revanche, elle prédit «la fin des émissions de cuisine traditionnelles où l’on voit des gens suivre des recettes»: «Ca, on trouve sur YouTube.»

Concurrencer YouTube

Les émissions culinaires doivent «davantage mettre l’accent sur l’interactivité», affirme-t-elle en donnant l’exemple de nos voisins britanniques. «Sur le modèle de Rising Star, il y a une émission anglaise dans laquelle on peut voir un mur d’amateurs cuisiniers chez eux via leur webcam, raconte-t-elle. L’animateur réagit avec eux.» 

Ailette de Villeneuve l’assure: «Il y a beaucoup à faire» de ce côté-là en incorporant des «contenus différents». Les chaînes peuvent se rassurer. Ca ne sent pas (encore) le roussi.