Nikos Aliagas: «Si on accepte qu'on est de passage, on est beaucoup plus humble»

TELEVISION Dans un livre adressé à sa fille Agathe, l’animateur se livre entre les lignes...

Propos recueillis par Joel Metreau
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Nikos Aliagas.
Nikos Aliagas. — Olympia Krasagaki

A l'occasion d'un chat avec les internautes de 20 Minutes, l'animateur Nikos Aliagas revient sur son livre Ce que j'aimerais te dire (ed. Nil, 17,50 euros), dans lequel il s'adresse à sa fille de 2 ans. Ce Franco-grec de 45 ans y évoque sa double nationalité, ses racines, sa famille en convoquant les concepts de la Grèce antique.

En vous adressant à votre fille, cela vous permet aussi de raconter votre trajectoire et vos valeurs?
Ça me permet de lui raconter la partie invisible de ma famille, pour qu’elle comprenne d’où elle vient. J’ai eu besoin de laisser quelque chose, pour elle, mais aussi pour mes parents, ma femme. Peut-être que des pères se retrouveront dans ma situation et dans ma culture. C’est un témoignage de tolérance pour elle, pour qu’elle ne tombe pas dans des pièges.

Lesquels?
De croire qu'on est quelqu’un d’exceptionnel, de croire que la vie est toute tracée, le piège de certitudes concernant l’autre.

Dans votre ouvrage, vous soulevez la notion de «kairos», de saisir sa chance, en référence à votre premier casting, pour Euronews. L’avez-vous parfois ratée aussi?
Rien ne dit que j’ai réussi ma vie. Oui, dans le sens professionnel ou de distinction sociale, des choses que je n’avais pas avant. Encore faut-il que ça ait un sens après. Est-ce que je suis sorti de l’éthique que mes ancêtres, qui n’avaient pas grand-chose, qui ont connu des guerres et des famines, m’ont enseignée? Dans le village de mon père, ils se moquent du fait que j’ai été suivi par 9 millions de personnes la veille. Je m’efforce encore aujourd’hui de ne pas devenir quelqu’un que je ne reconnaîtrai pas dans le miroir.

Vous consacrez tout un chapitre à la mort. Y pensez-vous souvent?
Bien sûr que j’y pense, je ne l’attends pas avec le sourire, mais je ne la cache pas sous le tapis. A un moment, on est confronté à l’absence. J’ai enterré des amis, je les ai accompagnés, j’ai lavé leurs corps. Et je me prépare aussi. Si on accepte qu'on est de passage, on est beaucoup plus humble. 

Pourquoi avoir fait la une de Paris Match?
Comme j’ai écrit un ouvrage que j’assume et que je rends public alors il faut en parler. Je ne pourrai pas sortir seul et parler de ma fille sans qu’il y ait une maman. Et c’est la femme de ma vie. Je n’ai pas le sentiment de me brader ou de parler de ma vie personnelle, au sens people.

C’est vrai, il n’y a ni ragot ni name-dropping, mais vous citez Jean-Pierre Vernant, Edgar Morin...
Des gens qui sont importants. C'est pour dire à quelqu’un qui regardait la Star Ac ou The Voice ou Canteloup, c'est pour dire à un jeune, «Intéresse toi à Edgar Morin ou Jacqueline de Romilly». Si j’en gagne un, tout n’est pas tout à fait «perdu». Mais je n’appartiens à aucune élite.

Votre double culture, grecque et française, vous apparaît comme «une richesse indéniable»… Pourtant, certains voudraient supprimer la double nationalité...
Je suis contre. Si on devait effacer les cultures de tous ceux qui ont fait la France, il ne resterait pas grand monde. Ma démarche de Grec et de Français est la même qu’un Marseillais à Paris qui veut garder ses racines marseillaises. C’est ça, la richesse identitaire. J’aime la France et je lui dois énormément. D’abord, elle a acccepté mes parents, des immigrés arrivés dans les années 1960, elle m’a mis au même niveau qu’un Français né sur le sol français. Je rends hommage à la France, je ne la quitte pas, je ne paie pas mes impôts ailleurs, je veux rendre à la France ce qu’elle a donné à mes parents, à moi et par extension à ma fille. Je ne suis pas non plus de ceux qui pensent que les immigrés qui aiment et participent au pays sont un fardeau, bien au contraire.

Votre livre scrute la paternité. Que pensez-vous d’un enfant élevé par des parents de même sexe ?
J’ai croisé des parents hétéros pas très dignes d’être parents. Peut-on refuser à quelqu'un la paternité ou la maternité parce qu’il ne ressemble pas à ta façon de concevoir la famille? Qui autour de nous détient le feu sacré pour refuser à quelqu’un de donner de l’amour à un enfant ? C’est une évolution aujourd’hui de reconsidérer et d’ouvrir les canons de la famille telle que nous la connaissions.

Vous évoquez aussi le fait que vous faites parfois des retraites en monastère...
Je suis chrétien orthodoxe, mais pas une grenouille de bénitier. J’ai une foi tranquille et pas austère. Mais, j’ai besoin de baptiser ma fille et de l’emmener à la messe le dimanche.