Les locaux de Canal+ en 1984
Les locaux de Canal+ en 1984 — REBOURS/SIPA

TELEVISION

Patrick Menais: «Canal est arrivée dans un paysage audiovisuel désertique»

Le patron du Zapping de Canal a travaillé pendant des mois à la fabrication d’un zapping spécial pour l'anniversaire de la chaîne diffusé ce vendredi à 20h25…

Des trémolos dans la voix du président André Rousselet et un verre de rouge à l’heure du petit-déjeuner pour Michel Denisot et Gérard Depardieu. C’est ainsi qu’a commencé Canal le 4 novembre 1984, et c’est ainsi que s’ouvre ce vendredi à 20h25 le zapping spécial conçu pour les 30 ans de la chaîne cryptée, signé du créateur du Zapping Patrick Menais. Durée: six heures, tout de même. La première demi-heure est en clair.

L'identité visuelle, la création originale et le X

Seules entorses au concept du Zapping (qui a, lui, 25 ans), des interviews de figures de la chaîne, de Philippe Gildas à Mouloud Achour (ému par ses souvenirs de VHS de porno regardés ado), celles d’abonnés de la première heure, et trois sujets: l’identité visuelle de la chaîne, la création originale, depuis H, et le X [la dernière demi-heure du zapping est interdite aux moins de 18 ans].

Sinon, des images, rien que des images, et pour la première fois pour Patrick Menais, du Canal pour seule matière. «On a compilé tout ce que le zapping avait zappé depuis 25 ans, soit une centaine d’heures, et pour les cinq premières années, j’ai fouillé les archives et récupéré une cinquantaine d’heures». Soit cent cinquante heures réduites à six depuis janvier.

Des débuts, on connaît certaines séquences cultes: Gainsbourg traitant Catherine Ringer de pute, Denisot annonçant en pleurs la mort de Coluche, beaucoup de séquences des Nuls. On en découvre surtout des centaines d'autres. 

Un marqueur en 1985 avec Coluche

«On ne peut pas nier le fait qu’au début, ça balbutie un peu!», commente Patrick Menais. «Il y a vraiment des émissions assez surréalistes comme Les Affaires sont les affaires, Star Quizz, Tout s’achète… Ensuite il y a un marqueur en 1985 avec Coluche. Tout à coup, le ton s’affirme.» 

Le ton, ou le fameux «esprit Canal», qui pour le zappeur endurci est un «ton qui s’imprime sur tous les concepts télévisuels, la caricature, l’info, le sport, une façon vraiment différente de cerner un événement, avec aussi une dimension festive.»

«Un jour des trentenaires ont débarqué en parlant normalement, ils pouvaient se foutre de la gueule de telle ou telle communauté, ou sortir un pétard sur le plateau, ajoute Patrick Menais. Canal est arrivée dans un paysage audiovisuel assez désertique et complètement décalé par rapport à la réalité de millions de gens qui ne se retrouvaient pas dans la télé.». 

«Chacun pouvait se foutre de la gueule des autres»

Le Zapping a l’habitude de n’épargner personne. La critique, toujours plus évidente que l'auto-critique? «Si on regarde bien le montage -qui est mon langage- on verra que je ne suis pas tendre, je n'évite pas les polémiques», répond Patrick Menais, en évoquant une séquence qui montre Les Guignols faire fi de l’interdiction par la direction de ne plus représenter d’hommes politiques. 

«L’auto-critique est assez sévère en interne, entre Grolandais, zappeurs, humoristes, il y avait une espèce de bizutage, chacun pouvait se foutre de la gueule des autres. C’est aussi un peu la différence sur cette chaîne».