«Rectify» sur Arte: Une captivante série à la recherche du temps perdu

SERIES TV La puissante série de Sundance arrive sur Arte ce jeudi. La douloureuse réadaptation d’un homme coupé du monde, retranscrite avec un rythme lancinant qui réclame aussi l’ajustement du spectateur…

Annabelle Laurent
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Aden Young dans Rectify, sur Arte le 16 octobre 2014
Aden Young dans Rectify, sur Arte le 16 octobre 2014 — Sundance

«Rectify»: rectifier, corriger, réparer. Libéré après dix-neuf ans passés dans le couloir de la mort pour viol et meurtre, Daniel Holden peut-il refaire sa vie? Et réparer, non pas tant le crime qu’il a peut-être commis, mais son rapport au monde, qu’il croyait avoir définitivement quitté? Réponse jeudi à 22h40 sur Arte avec les deux premiers épisodes de Rectify.

Le temps perdu

«Comment retrouver ton humanité, comment réintégrer le monde qui a voulu te détruire, comment regagner la capacité d’aimer?», résumait l’acteur Aden Young lors de notre rencontre en 2013 au Festival TV de Monte-Carlo. Daniel n’a rien du prisonnier libéré croisé ailleurs, qui «généralement, boit une bière, va voir une prostituée, va se battre, ce qui le ramène à la case prison. Les auteurs suivent toujours cette même ligne, c’est incroyable», notait l’acteur canadien-australien, bouleversant, magnétique dans son interprétation.

Rectify conte une résurrection. Daniel doit renouer avec la vie, affronter l’idée d’un futur, l’affection et l’inquiétude de sa famille, l’hostilité de la ville. Sa sœur Amantha (la formidable Abigail Spencer) qui s’est toujours battue pour lui, sa demi-sœur Tawney, qui le pousse à se tourner vers Dieu, son beau-frère qui le croit coupable, partageant la méfiance de la plupart des habitants de cette petite ville de Géorgie. Car si de nouveaux tests ADN l’ont disculpé, et provisoirement libéré, le doute est habilement cultivé sur son innocence, créant une tension permanente qui éclate violemment dans le dernier épisode.  


Le temps retrouvé

Daniel avance à l’aveugle, à petits pas, et la série, déclinée sur six épisodes correspondant à ses premiers six jours de liberté, suit son rythme. C’est l’originalité formelle de cette première création originale de la chaîne câblée Sundance Channel, unanimement saluée en avril 2013 par la critique: son tempo si inhabituel que Vulture la baptise «série au rythme le plus lent» qui existe actuellement à la télévision.

Un mois avant Rectify, en 2013, Sundance diffusait pourtant Top of the lake, la magnifique série de Jane Campion. Sundance est aussi la chaîne qui a fait découvrir Les revenants aux Américains. Deux séries tout sauf rapides. On pense, du côté d’HBO, à True Detective ou The Leftovers, elles aussi très loin d’être frénétiques… Ou enfin à Mad Men, trop immobile au goût de certains.

>> Lire par ici l'interview d'Aden Young 

C’est justement grâce à la série d’AMC que le réalisateur Ray McKinnon, acteur vu dans Sons of Anarchy, Deadwood et Mud et dont c’est la première série, a cru en Rectify. «J’ai réalisé qu’il y avait une place pour un storytelling qui demande au téléspectateur d’observer plutôt que de se laisser dicter la façon dont recevoir un plan après l’autre», explique-t-il à Indiewire. L’accueil critique et celui du public, restreint mais gonflé par l’arrivée de la série sur Netflix en mars, lui a donné raison, comme aux producteurs de la série, venus de Breaking Bad. De quoi encourager Sundance à lancer une saison 2 en juin dernier (diffusée depuis le 9 octobre sur Sundance en France).

Comme pour toutes les séries citées plus haut, on ne s’installe pas devant Rectify comme devant n’importe quelle série. On prend le temps d’approcher la réalité encore parallèle de Daniel, on replonge, à travers les flash-back, dans l’horreur de son passé entre quatre murs de béton. On l’observe réapprendre le contact humain, celui de l’herbe sur ses pieds nus. On prend son temps, mais on ne le perd certainement pas.