Arte: «Pilules Bleues» ou «la pression d'adapter une BD qu'on adore»

TELEVISION Jean-Philippe Amar et Charlotte Sanson ont adapté pour Arte «Pilules bleues», le roman graphique de Frederik Peeters. Un défi relevé haut la main. A ne pas rater ce vendredi à 20h50… 

Annabelle Laurent

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Guillaume Gouix dans Pilules Bleues, diffusé sur Arte le 26 septembre 2014
Guillaume Gouix dans Pilules Bleues, diffusé sur Arte le 26 septembre 2014 — Marion Poussier

En 2001, le Suisse Frederik Peeters, 27 ans, publie Pilules Bleues. L’histoire de Fred, dessinateur introverti tombé follement amoureux de Cati, et projeté dès lors dans un avenir vertigineux: Cati lui annonce qu’elle est séropositive, comme son fils de six ans Oscar, obligé d’ingurgiter chaque jour des antirétroviraux, les fameuses «pilules bleues». Fred, c’est lui. La BD est autobiographique, et par sa sensibilité, son humour, désarmante. Un regard nouveau sur une maladie qui terrorise mais avec laquelle, malgré laquelle on peut vivre, fonder une famille. Une claque. Depuis quinze ans, plusieurs projets d’adaptation avaient été lancés. Un seul, diffusé ce vendredi à 20h50 sur Arte, a abouti, et les fans de la BD auront  -sans doute- du mal à crier au sacrilège, tant c’est une réussite.

La poésie du rhinocéros 

«Frederik Peeters nous a laissés très libres», explique à 20 Minutes la scénariste Charlotte Sanson. Aux images qui jouent sur les ombres et les lumières chaudes, certains dessins de l’album ont été intégrés et animés: le rhinocéros, le mammouth. D'autres re-créés par l'auteur du roman graphique pour les besoins du film. «Que Peeters les apporte, c’était déjà une validation», se réjouit la scénariste. Certains dialogues – la réponse au «Pourquoi tu m’aimes?», par exemple - ont été traduits mot pour mot à l’écran, d'autres scènes, à l'inverse, ont été inventées, comme l'annonce aux parents. Charlotte Sanson et le réalisateur Jean-Philippe Amar (Xanadu, Un village Français) se sont appropriés l’univers et les personnages en choisissant de montrer la BD en train de se faire, sous la plume de «JB», le nouveau Fred.

Le yaourt aux pilules 

Cati devient Laura, et les deux acteurs Guillaume Gouix (Les Revenants) et Florence Loiret-Caille (Queen of Montreuil) sont bouleversants. On vit intensément les angoisses du premier, convaincu qu'une capote qui craque, c’est la contamination assurée, c'est la fin. On souffle avec lui face aux éclats de rire du médecin: le virus ne s’attrape pas comme la grippe. Avec elle, au charme étrange, magnétique, on souffre quand Oscar refuse un soir de le prendre, ce yaourt aux pilules bleues écrasées. «Pourquoi t'en prend pas toi maman, c'est pas juste». Comme chez Frederik Peeters, aucun pathos, ni dans l'écriture, ni dans le jeu des acteurs. L’émotion, contenue, est décuplée. 

La guerre est déclarée

Avec «la pression d’adapter une œuvre qu’on adore», Charlotte Sanson raconte «l’énorme travail de recherche», sur des forums de familles touchées par la maladie ou en interrogeant la documentariste Delphine Vailly (Nés séropositifs, la vie devant soi)… «On voulait surtout, comme dans le roman graphique, sortir du sensationnalisme. On montre peu cette maladie à l’écran, et on a l’habitude des films des années 1980, avant la trithérapie. Pour nous, c’était très important d’être juste. On naviguait constamment entre deux pôles: dédramatiser, car les personnes séropositives peuvent désormais mener une vie d’espoir, et ne pas transmettre d’idées fausses sur le virus, qui sévit toujours». Parce qu'au-delà de la maladie, c'est d'amour qu'il s'agit, on pense à La Guerre est déclarée. Pilules Bleues est aussi et surtout un grand film d'amour. 

Pilules bleues est parue en 2001 aux éditions Atrabile (voir un extrait du livre par ici). Vendue à près de 40.000 exemplaires, traduite dans une douzaine de langues, elle a été rééditée en 2013 dans une édition augmentée de dix pages qui prolongent l'histoire.