Bruno Dumont: «Le P’tit Quinquin me ressemble»

TELEVISION Arte diffuse ce jeudi à 20h50 les deux premiers épisodes de l'irrésistible minisérie qu'il a réalisée...

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Bruno Dumont a présenté «P'tit Quinquin» à Cannes.
Bruno Dumont a présenté «P'tit Quinquin» à Cannes. — VALERY HACHE/AFP

Du rififi chez les Ch'tis! Arte diffuse ce jeudi à 20h50 les deux premiers épisodes de P’tit Quinquin. Une minisérie, réalisée par Bruno Dumont, lauréat du Grand prix du jury à Cannes pour L’Humanité. Sur son territoire de prédilection, le Boulonnais signe une comédie policière burlesque et macabre. 20 Minutes a rencontré le réalisateur à Cannes, qui, fait unique, avait présenté une série télévisée à La Quinzaine des réalisateurs.

P’tit Quinquin est une série policière burlesque…

Je pensais qu’il fallait un rail très droit parce que pour délirer, il faut être droit. L’enquête policière est un genre très codé et en distribuant les rôles de façon décalée, comme en prenant pour le rôle du gendarme quelqu’un qui se situe à des années-lumière du personnage, cela génère du comique. Le burlesque est le résultat de la mise en scène. 

Une série télévisée, sélectionnée à Cannes, c’est du cinéma?

C’est la fameuse question d’André Bazin «Qu’est ce que le cinéma?», une question très française. A chaque fois que je fais un film, je doute et je me demande: «Est-ce que c’est du cinéma?». Quand on fait de la télévision, qui est un peu la petite fille du cinéma, est-ce qu’on se dévoie? Pour insulter un film, on dit que c’est un téléfilm, donc il y a quelque chose de péjoratif. En même temps, il y a de grandes séries de télévision.

Est-ce que ça change de tourner pour la première fois en numérique?

Le numérique, ça change, effectivement. Il y a une chair de l’image, une esthétique, qui n’est pas la même. Mais si votre chef opérateur est bon, il fera une belle image. Il y a l’art du 35 et celui du numérique. J’ai vu des films moches en 35, je trouve que cette nostalgie est un peu bête, il faut évoluer, ne pas s’accrocher.

Pourquoi tournez-vous avec des acteurs non professionnels?

Je voulais des acteurs qui évoluent naturellement dans le décor. J’ai choisi de travailler avec des gens du cru. Et puis, je donne du travail à des gens. Chez toute personne il y une forme de pudeur, le travail de préparation consiste à trouver ceux qui acceptent. Quand ils acceptent, on a des acteurs extraordinaires au premier sens du terme, qu’on n’a jamais vus. Je n’invente rien, pensez à Rossellini…

Vous mettez aussi en scène des gueules, des handicapés…

Ce que j’aime dans la diversité, c’est la diversité. Il faut apprendre à les regarder, je n’ai pas de problème avec cela. Et ils sont acteurs, complices. L’équipe a toujours peur et à la fin, on s’embrasse. Le cinéma est un milieu codé assez raciste, en général, les profils esthétiques sont toujours des belles femmes, des beaux hommes et ça lisse beaucoup.

Y’a-t-il des souvenirs de votre enfance dans le Nord dans P’tit Quinquin ?

Je n’y pense pas, c’est dans mon inconscient. D’une certaine façon, le petit Quinquin me ressemble. C’est un chenapan avec une façon d’être qui me fait penser à la mienne.

Eul'pitch

Le P’tit Quinquin, son vélo tout-terrain et sa bande de copains fout  «eul’brin!» dans son village du littoral boulonnais. P’tit Quinquin ne baisse la garde que face à Ève, son grand amour, la fille des fermiers d'à côté. Un matin d'été, l'arrivée d'un hélicoptère amène la petite bande à suivre les tribulations d’un couple de gendarmes improbables chargés de mener l’enquête sur le meurtre d’une femme, retrouvée découpée dans le corps d’une vache, elle même découverte dans un bunker. Un Objet Filmique Non Identifié où True Detective aurait croisé Jacques Tati et les Deschiens...