Face à Netflix, Fleur Pellerin veut «faire de la France une championne de la fiction télé»

TELEVISION La ministre de la Culture s’est déplacée ce vendredi au Festival de la fiction télé de La Rochelle, à trois jours de l’arrivée en France de Netflix…

Annabelle Laurent

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Fleur Pellerin le 12 septembre 2014 au Festival de la Fiction TV de La Rochelle
Fleur Pellerin le 12 septembre 2014 au Festival de la Fiction TV de La Rochelle — Caroline Dubois

De notre envoyée spéciale à La Rochelle

J-3. Le tant attendu Netflix arrive donc en France lundi, avec son offre légale de films et séries aussi alléchante pour les consommateurs qu’inquiétante pour les acteurs de l’audiovisuel. A la Rochelle, envahie jusqu’à samedi par les producteurs, acteurs, scénaristes, diffuseurs français, Netflix était invité… et «n’a même pas répondu», a confié le président du festival. Mais le géant américain planait bien sûr ce vendredi sur le traditionnel grand débat de l'événement. Sur scène, les patrons d’Arte, TF1, France Télévisions et M6, avant l'intervention de Fleur Pellerin. 

«On fait tout un cirque autour de Netflix»

«Il faut une régulation européenne totalement rénovée pour englober les acteurs du Web. Sinon on regardera passer les trains», a martelé la présidente d’Arte Véronique Cayla, qui a insisté sur une chose: Face aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), «la France n'est plus toute seule», le «sentiment de révolte» est partagé par nos voisins britanniques et allemands, qui «eux aussi parlent de colonisation numérique». La menace de «colonisation» concerne aussi Netflix qui, pour rappel, va proposer du contenu, et donc concurrencer les acteurs français, depuis son siège installé au Luxembourg. De quoi contourner les règles, dont celles de financement à la création. 

«On fait tout un cirque autour de Netflix, a lancé, provocateur, le PDG de TF1 Nonce Paolini. J’entends "C’est formidable, ils font la série Marseille", mais ils produisent 6 épisodes, hein. Ce sont les chaînes que vous avez devant vous qui financent la création française.» D’autant que «Netflix est en train de racheter des œuvres qui nous font de la concurrence», ajoute-t-il, sans toutefois s'émouvoir outre mesure de l'arrivée du nouvel acteur.

Pas de «mentalité d’assiégé» pour Fleur Pellerin

Du côté du gouvernement, on reste encore plus calme. «Il ne faut pas vilipender Netflix»: c’est la ligne claire de Fleur Pellerin depuis plusieurs mois, et celle qu’elle venait à nouveau défendre ce vendredi en tant que nouvelle ministre de la Culture. Une ministre qui face à l’irruption de Netflix, Amazon, iTunes, répond: «Je n’ai pas une mentalité d’assiégé.»

«Netflix doit contribuer à la production française et européenne, c’est le sens du dialogue avec eux», a-t-elle répété. Plus globalement, l’arrivée d’acteurs étrangers dans le secteur est à ses yeux «une opportunité de développement pour nos sociétés de production», qui «vont devoir se surpasser» pour répondre à une demande de plus en plus forte de programmes.

Le «Broadchurch» français ou le «Borgen» français 

Quant à la peur du passager clandestin, Fleur Pellerin rappelle avoir «beaucoup contribué [au sein du ministère des Finances] à l’égalisation des conditions de concurrence des entreprises étrangères au sein de l’Union européenne. Et je continuerai».

L’objectif: «Qu’on fasse de la France une championne en matière de fiction télé. Nous avons les talents, la création, des acteurs puissants… Je suis sûre que nous pouvons le faire.» Plus tôt dans le débat, le producteur d’Europacorp Thomas Anargyros appelait à une «révolution éditoriale», à l’image de celles qui ont eu lieu en Turquie, en Israël ou dans les pays scandinaves. 

«Aujourd’hui, on n’a pas le droit de dire -parce que les créateurs sont là!- que la France n’est pas capable de créer, produire et diffuser le "Dr House" français, le "Broadchurch" français ou le "Borgen" français.»

>> Par ici, les nouvelles séries d'Arte présentées à La Rochelle