«The Knick», le marathon télé de Steven Soderbergh

CULTURE Choc et sombre, cette série d'hôpital d'époque avec Clive Owen revient vendredi à 20h40 sur OCS City...

Philippe Berry, à Los Angeles

— 

Clive Owen, dans la série «The Knick».
Clive Owen, dans la série «The Knick». — CINEMAX

Il avait tiré sa révérence. Blasé et usé par Hollywood, il s'était mis à la peinture. Sa retraite aura duré moins d'un an. Steven Soderbergh a fait son retour derrière la caméra, cette fois au petit écran, avec la série «The Knick», rediffusée vendredi à 20h40 sur OCS City. Et comme Cary Fukunaga avec «True Detective», Soderbergh a lui-même dirigé les dix épisodes de la saison 1. En seulement 73 jours.

>> La bande-annonce en VOST

Soderbergh a été approché en mai 2013 avec un script de 540 pages. Il décide de s'investir à 300%, occupant les postes de directeur de la photographie, de réalisateur et de monteur. «Steven filmait et montait pendant sa pause déjeuner», jure l'actrice britannique Juliet Rylance. Selon elle, c'était «deux prises maximum», pour un rythme infernal de huit pages pages tournées par jour, soit quatre fois plus qu'au cinéma. Un défi «effrayant et excitant», selon Soderbergh, qui s'était déjà échauffé il y a dix ans avec la série «K Street».

«On a découpé chaque scène sur un tableau»

La clé de la réussite, c'est «la préparation», estime Clive Owen, qui incarne un pionnier de la chirurgie au début des années 1900, quand une opération tenait davantage de la boucherie que de la médecine. «Vous êtes entre de bonnes mains avec Steven. Il a une vision tellement claire de ce qu'il veut que cela libère les acteurs», assure Owen. Qui a quand même paniqué une semaine avant le tournage.

«Il m'a appelé, inquiet, car on n'avait pas encore répété», raconte Juliet Rylance. «On s'est enfermés pendant quelques jours. On a tout passé en revu, découpé chaque scène sur un tableau de liège pour avoir une vision globale de la série. C'était critique, surtout pour Clive qui pouvait shooter une scène de l'épisode 1 puis du 10 puis du 7 d'affilée».

Docteur Jekyll et Mister Hyde

Le résultat? On reconnaît immédiatement le style «caméra à l'épaule» du réalisateur. La scène d'ouverture, une césarienne sanglante, retourne les estomacs fragiles. «Steven ne voulait pas choquer mais simplement être fidèle à la réalité de l'époque. C'est une façon de dire: ''Bienvenue en 1900''», estime Owen. La bande-son électro tendance minimaliste vient, elle, dépoussiérer la feutrine du début du siècle.

Ambitieux et rythmé, le premier épisode ne pèche que par une écriture paresseuse, avec un anti-héros rabattu, dont le talent n'a d'égal que son addiction à la cocaïne et son amour des prostituées. Heureusement, le New York du début du siècle, avec ses tensions sociales et raciales, fascine, et sur la saison 1, la série n'a rien à envier à Boardwalk Empire. Malgré une audience modeste sur Cinemax, la petite soeur de HBO, The Knick a déjà été renouvelé pour une seconde saison. Avec Steven Soderbergh derrière la caméra, évidemment.