Séries télé: Pourquoi les saisons raccourcissent-elles?

TELEVISION Les fictions de 22 ou 24 épisodes, standard des «networks» américains, ont de moins en moins la cote outre-Atlantique…

Anaëlle Grondin avec Annabelle Laurent
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Natalie Martinez et Josh Carter dans la série «Under The Dome».
Natalie Martinez et Josh Carter dans la série «Under The Dome». — CBS BROADCASTING INC

Passées de mode, les saisons interminables? Le mot d’ordre semble être «faire court» dans le monde des séries télé ces dernières années. La fiction de Marc Cherry «Devious Maid», lancée il y a dix jours sur M6, compte 13 épisodes par saison. Même chose pour «Under the Dome», diffusée l’an dernier. Autre exemple: la version US de «The Following», dont les deux saisons font 15 épisodes.

Les deux dernières séries sont pourtant diffusées sur les «networks» américains (ABC, CBS, NBC, Fox), qui nous ont habitués depuis des décennies aux saisons de 22 épisodes. Pourquoi la tendance est-elle de se calquer sur le modèle des séries du câble (AMC, FX, TNT, Showtime, HBO) et des séries britanniques, systématiquement moitié plus courtes?

Pour limiter les risques. En raccourcissant leurs séries de moitié, les chaînes qui les diffusent limitent les risques et frais en cas d’audiences non satisfaisantes.

Pour suivre le nouveau tempo. Huit à treize épisodes peuvent être regardés quasiment à la suite. Le public reste dans le tempo. «Toute l’industrie est en mutation. Aujourd’hui, tout le monde sait que bientôt, tous les contenus pourront être "streamés" (regardés en ligne). On cherche probablement le meilleur moyen de lancer sa série très rapidement sur le marché et sur Internet. En tournant moins d’épisodes, c’est plus facile», a expliqué à 20 Minutes Michael Hirst, créateur de la série «Vikings» (9 épisodes), rencontré au Festival de télévision de Monte-Carlo. Et en diffusant tout d’un bloc, l’audience a moins de chances de s’effriter. 

Pour pouvoir tenir le coup. Le New York Daily News rapporte que le scénariste américain Mike Kelley a tenté de persuader ABC que sa série «Revenge» devait être limitée à 13 épisodes par saison et non 22. Cette norme est trop épuisante. Le créateur de «Desperate Housewives» Marc Cherry indique de son côté qu’il était «complètement lessivé» à la fin de la série: «Pour un scénariste, la pression peut être écrasante.» 

Pour éviter le remplissage. Vingt-quatre épisodes impliquent un nombre impressionnant de «cliffhangers» pour garder le public en haleine. Des rebondissements superficiels dont certains scénaristes comme Michael Hirst («Vikings») veulent pouvoir se passer le plus possible. Faire 22 épisodes dilue la fiction, pour Mike Kelley («Revenge»). Neil Landau, auteur du guide The TV Showrunner's Roadmap, qui enseigne l'écriture et la production TV à UCLA, assure à 20 Minutes que le modèle du câble et des séries anglaises «est mieux pour les scénaristes». «Les séries sont désormais pensées comme un long film de 10 heures», nous indique le directeur général de OCS, Guillaume Jouhet, qui a l’habitude de rencontrer des producteurs à Los Angeles.

Pour s’adapter aux acteurs. Comme pour «True Detective», dont la première saison avait réuni Matthew McConaughey et Woody Harrelson,  les séries courtes peuvent attirer des stars du cinéma à la télévision. Le tournage est limité dans le temps (5 ou 6 mois de tournage contre 8 à 9 mois pour 22 épisodes) et permet aux acteurs de mener à bien d’autres projets. Autre cas de figure, la grossesse de l’actrice Anna Paquin en 2012, qui avait poussé le créateur de «True Blood» à raccourcir la saison 6

Pour créer l’événement. La série ne sera à l’antenne qu’un temps limité chaque saison. Quelle meilleure opportunité pour les chaînes de marquer le coup?