Rejet de la plainte en diffamation contre un reportage d'«Envoyé Spécial» sur Grenoble

JUSTICE Pour le tribunal, l'action engagée par l'association des habitants de la Crique sud était irrecevable «pour défaut de droit à agir»...

J.M. avec AFP

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Des membres de l'association des habitants de la Crique sud, au tribunal correctionnel de Grenoble, le 14 mai 2014.
Des membres de l'association des habitants de la Crique sud, au tribunal correctionnel de Grenoble, le 14 mai 2014. — PHILIPPE DESMAZES / AFP

Le tribunal correctionnel de Grenoble a jugé irrecevable jeudi l'action entreprise par des habitants du quartier sensible de la Villeneuve de Grenoble contre un reportage d'«Envoyé spécial» qu'ils jugeaient diffamatoire.

Le tribunal a estimé que l'action engagée par l'association des habitants de la Crique sud était irrecevable «pour défaut de droit à agir». Il a aussi rejeté les demandes de France Télévisions qui voulait que l'association soit condamnée pour procédure abusive. Aucun représentant du groupe n'était présent jeudi à la lecture du délibéré.

«La légitimité pour un territoire de se défendre»

«C'est sans surprise», a réagi Pauline Damiano, président de l'association. «C'est déjà pas mal d'avoir trouvé la brèche pour amener un média devant le tribunal. On voulait montrer qu'on ne pouvait pas diffuser impunément un reportage aussi mauvais», a-t-elle ajouté. Pauline Damiano a plaidé pour une évolution du droit afin de «faire reconnaître la question de la discrimination territoriale, la légitimité pour un territoire de se défendre».

Lors de l'audience du 15 mai, la représentante du parquet avait rappelé que le droit de se constituer partie civile en matière de droit de la presse était très limité. Une association ne peut le faire qu'à condition d'être considérée comme une victime directe et donc d'être citée nommément dans le reportage, ce qui n'était pas le cas en l'espèce.

«Une accumulation de clichés» sur la Villeneuve

Les habitants reprochaient à ce reportage «une accumulation de clichés», un manque d'objectivité, une «volonté délibérée de stigmatiser le quartier», selon les termes de l'avocat de l'association Me Thomas Fourrey, à l'audience. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) avait reproché à France 2 un «manquement» à ses «obligations déontologiques» pour ce reportage «pas suffisamment équilibré».

Cité expérimentale des années 1970, la Villeneuve de Grenoble, théâtre d'émeutes en avril 2010, était dépeinte dans ce documentaire, diffusé le 26 septembre dernier sur France 2, comme un quartier gangrené par la violence. On y voyait notamment un jeune masqué tirer de nuit sur un panneau avec une arme à feu en plein cœur du parc central.