On n'entendra plus «Madame Bellepaire de Loches» aux «Grosses Têtes»

MEDIAS Le départ de Philippe Bouvard de l'émission culte de RTL marque la fin d'une certaine idée de l'humour à la française...

Anne Demoulin
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Après 37 ans à l'antenne d'RTL Philippe Bouvard s'est entouré de ses amis sociétaires pour une toute dernière émission enregistrée aux Folies Bergères qui sera diffusée sur France 2 en prime time ce vendredi 27 juin.
Après 37 ans à l'antenne d'RTL Philippe Bouvard s'est entouré de ses amis sociétaires pour une toute dernière émission enregistrée aux Folies Bergères qui sera diffusée sur France 2 en prime time ce vendredi 27 juin. — BALTEL/LICHTFELD/SIPA

Philippe Bouvard quitte le navire des «Grosses têtes», et avec lui une certaine idée de l’humour et de l’esprit français prend le large. En attendant le capitaine Laurent Ruquier à la barre à la rentrée sur RTL, Philippe Bouvard embarque les téléspectateurs ce vendredi à 20h45 sur France 2 pour une ultime croisière baptisée «Les grosses têtes: nos 37 ans de bonheur». 20 Minutes a jeté l’ancre aux Folies Bergères où se déroulait l’enregistrement.

Des amis franco de port

«Il n’y a que des amis sur scène et dans la salle», se réjouit Philippe Bouvard. A l’exception de l’Amiral Olivier de Kersauson, l’équipage est au complet, sociétaires d’aujourd’hui, et ceux de la première heure.



«Ça dure depuis trente-sept ans, vous en connaissez beaucoup qui tiennent aussi longtemps?», lance Mylène Demongeot. «Je suis aux “Grosses têtes” depuis trente-cinq ans et je n’ai pas vu passer le temps. Ce qui prouve qu’on ne s’est pas emmerdé», plaisante Jacques Balutin. Et le public non plus, qui réserve une standing ovation à Philippe Bouvard.

Un bateau qui n’a jamais viré de bord

«L’émission est populaire et a duré longtemps parce qu’on ne s’y prend pas au sérieux et qu’on est très proches des gens. En fait, j’ai touché les dividendes d’une longue occupation du terrain!», commente l’animateur après l’émission.

Que l’on adhère ou pas à l’humour façon «Madame Bellepaire de Loches», l’émission fait partie du patrimoine culturel français. «C’est une page de l’esprit français, une façon de parler, un certain humour à la Audiard ou à la Blondin qui s’en va. Philippe Bouvard incarne tout cela», souligne Macha Méril. «Au début, mes copines féministes m’ont reproché de participer à cette émission “macho et vulgaire” et j’ai répondu: “C’est justement là où il faut aller!”», se souvient la sociétaire.

«Les Académiciens les plus sérieux sont passés aux “Grosses têtes”, ça prouve la valeur de l’émission», souligne Jean Piat. «Jean Dutourd a ouvert la porte à cela. Il avait une telle érudition! On pouvait lui poser toutes les colles, il répondait», rappelle Jacques Chancel.

«Philippe Bouvard est un humoriste, mais aussi un homme très lettré et sensible. Sa férocité est complètement compensée par la tendresse», renchérit Philippe Labro. «Il a touché à tous les médias, a tout réussi, et a beaucoup innové», insiste Bernard Mabille.

En père peinard sur la grand'mare des canards

Sur le plan médiatique, par exemple. «Grâce aux “Grosses têtes”, RTL a su mobiliser un public et les annonceurs l’après-midi. D’autres émissions ont ensuite envahi ce créneau comme Ruquier sur Europe 1», explique l’ex-directeur des programmes de RTL, Philippe Labro.

Philippe Bouvard a su réunir «une association de talents, très différents des uns des autres», note Macha Méril. «Des épées», pour Jacques Balutin. «Des pointures», selon Bernard Mabille.

«Je n’oublierai jamais une émission où Olivier de Kersauson, Jacques Martin et Jean Yann ont fait pendant plus d’un quart d’heure en alexandrins l’épitaphe de Philippe Bouvard… Je sanglotais de rire», se souvient Macha Meril. Et d’ajouter : «Laurent Ruquier a un talent fou, mais il fera autre chose.» De son côté, Laurent Ruquier affirme vouloir coller le plus possible à l'émission de Philippe Bouvard. Rendez-vous donc le 25 août.