Avant l’élection de Robert Ménard à Béziers, «Place publique» a écouté ses habitants…

TELEVISION Filmé avant les municipales, le documentaire de François Rabaté interroge le rapport désenchanté des habitants de Béziers à la politique…

Joel Metreau

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Robert Ménard, dans le documentaire
Robert Ménard, dans le documentaire — Sébastien Calvet

Couvre-feu pour les moins de 13 ans, interdiction d’étendre du linge au balcon, blouses pour les écoliers… Guère une semaine ne s’écoule depuis l’élection de Robert Ménard à la mairie de Béziers sans que les médias n’évoquent son action ou ses propositions à la tête de cette commune de 71.000 habitants. Dans son documentaire Place Publique, diffusé ce lundi à 23h40 sur France 3, François Rabaté revient en creux sur cette ascension de l'ex-président de Reporters sans frontières, soutenu par le Front National.

«Il faisait vraiment campagne»

Au second tour des municipales, à la faveur d’une triangulaire avec l’UMP et la gauche, la liste emmenée par Robert Ménard remporte la mairie avec 46,98 % des voix. François Rabaté note a posteriori «l’aveuglement des candidats UMP et PS» face à la montée de Robert Ménard. «Une des choses que je voyais sous mes yeux, c’est qu’il faisait vraiment campagne, comme du porte-à-porte. Ce qui avait permis à Obama d’être élu ou ce qu’avait fait le PS lors de la dernière campagne présidentielle.»

Mais d’août 2013 jusqu’au 30 mars 2014, ce ne sont pas les candidats qui intéressent François Rabaté. Mais plutôt le regard porté sur eux et sur la politique par les habitants de Béziers, ces «vraies gens» auquel il donne uniquement la parole. Et pas chez eux. Mais dans les rues, sur le marché, dans les halles, au bistrot…

«On ne les voit plus que dans la téléréalité»

«A la télévision, leur parole est parfois instrumentalisée dans les micro-trottoirs, estime le documentariste. Au fond, les «gens de peu», comme disait le sociologue Pierre Sansot, on ne les voit plus que dans la téléréalité, pour sen moquer. Dans mon métier, quand on vient avec une caméra et qu’on prend du temps pour expliquer la démarche, les gens vous savent gré d’être dans une position d’écoute…» La parole discréditée des hommes politiques, les fins de mois difficiles, le délabrement du centre-ville… Les habitants s’épanchent sur leur quotidien, au fur et à mesure que la campagne monte en puissance et en tensions.

La queue au distributeur automatique

Dans Place Publique, pas de chiffres sur le taux de chômage, de statistiques sur les conditions de vie. Pour illustrer la pauvreté, une seule scène choc, celle d’une nuit, où des habitants font la queue au distributeur automatique d’une banque. Ils retirent aussitôt leur argent dès que le RSA a été versé, de crainte qu’ils ne soit saisi. Des personnes ont reproché à François Rabaté l’absence d’analyse, qui expliquerait le succès de Robert Ménard.

«Mais il existe déjà une profusion de discours et d’analyse, se défend-t-il. C’est l’un des éléments qui font que les gens ne supportent plus la politique.» Pour lui, il s’agissait de montrer «un peu d’empathie» en laissant aux gens le temps de s’exprimer. «La sphère journalistique peut toujours pleurer des larmes de crocodile sur le fait que le FN monte et que les élites sont déconsidérées, estime-t-il. Mais en même temps à force de coller au train des responsables politiques, on fait tout pour donner le sentiment aux gens que leur parole n’a pas de poids.»