«Anaïs s'en va-t-en guerre» et gagne la bataille de la viralité

TELEVISION Diffusé en avril sur TV Rennes, ce beau documentaire de 46 minutes rencontre un engouement inattendu, avec plus de 240.000 vues en replay... 

Annabelle Laurent

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Anaïs s'en va-t-en-guerre, un film de Marion Gervais, 2014.
Anaïs s'en va-t-en-guerre, un film de Marion Gervais, 2014. — Quark Productions

«Ils ont réussi à me pomper toute mon énergie là…Cool. J’ai envie de tout arrêter maintenant». Quand on découvre Anaïs, au milieu d’un champ en Bretagne, elle désherbe, grogne et désherbe encore, très remontée contre tous ceux - EDF, la mairie, les agriculteurs du coin- qui la freinent dans son projet: faire pousser des plantes aromatiques et médicinales. 

Et puis non, elle n’arrête pas, et le spectateur non plus, fasciné par l’obstination de cette jeune femme de 24 ans que l’on retrouve 40 minutes plus tard à Paris, avec, sous le bras, dans le métro, un cageot rempli de ses premiers mélanges. Anaïs aurait pu échouer ou renoncer, Anaïs s'en va-t-en guerre, diffusé le 17 avril sur TV Rennes, aurait pu rester dans un cercle restreint. Il comptabilise désormais 240.000 vues sur le replay. L'équivalent d'une audience très honnête sur Arte. 

Une traînée de poudre

«Ça a pris d’un seul coup. Du fin fond de ma Bretagne, ça paraissait irréel, raconte la réalisatrice Marion Gervais, qui filme au plus près, sans commentaires. La diffusion, c'était «très discret. Pas grand monde connaissait TV Rennes!». Au delà de la semaine de replay, TV Rennes accepte de laisser le film en ligne, «pour mes amis, les copains d’Anaïs, la famille quoi!», dit-elle dans un éclat de rire. Voyant «de plus en plus de choses sur le net», elle appelle la chaîne, qui lui répond: «On est à 30.000 vues, c’est énorme». Le 21 mai, le cap des 80.000 vues est franchi, avant l’explosion, et les 240.000 atteintes ce lundi.

«Pour nous, c’était un film à petit périmètre, avec un budget réduit, d'une cinquantaine de milliers d'euros», explique Patrick Winocour, l’un des deux producteurs de Quark Prod. «C’est parti comme une traînée de poudre, ça a viralisé dans tous les sens. On est émerveillés par ce qui se passe.»

Une multinationale de la tisane

«Beaucoup de gens appellent, Anaïs reçoit 300 mails par jour», poursuit le producteur. Quark l'aide à y répondre et met en place une page sur Ulule pour ceux qui veulent la soutenir. «Il y a un grand mouvement, ça a attrapé quelque chose… D’énergie, de solidarité. Un peu magique. Elle pourrait monter une multinationale de la tisane!»

«Une leçon de vie», «Inspirant», «quelle femme!». Le bouche-à-oreille fonctionne à plein régime sur les réseaux sociaux, preuve, pour le producteur, «que les gens ne voient pas que des vidéos de trois minutes». Le film restera en ligne jusqu'à un retour positif d'une chaîne hertzienne («On l'a envoyé à France 4, France 5...»), doit être projeté au festival Etonnants Voyageurs ce 8 juin, sans doute à Saint-Sébastien et Edimbourg. 

«Tu me fais chier avec ta caméra»

C’est, pour Marion Gervais, «un cadeau, parce que j’ai filmé à la sueur de mon front, pendant deux ans». Quand elle rencontre Anaïs un dimanche, dans un champ, c'est «une apparition». «Elle avait une puissance, un truc que je rencontre rarement chez les êtres». «Il y a eu une symbiose entre nous. Mais elle était souvent en colère, elle me disait "tu me fais chier avec ta caméra". Je pouvais me déplacer et ne rien filmer»

Anaïs, de son côté, est en pleine récolte. «J’ai déjeuné avec elle hier, confie la réalisatrice. Elle travaille 15 heures par jour, elle a énormément de commandes, c’est extraordinaire. Mais avec ce truc énorme qui nous arrive à toutes les deux, elle reste les deux mains dans la terre. C’est ce qui me fascine». Sur son site, Anaïs écrit: «Merci à vous, je suis très touchée par toutes vos réactions. Vivons d'amour et d'eau chaude!»