Nicolas Bedos: «On va essayer de mettre un peu d'Amérique dans la soirée des Molières»

INTERVIEW «Auteur dramatique un peu égaré à la télévision», comme il se qualifie lui-même, Nicolas Bedos anime la soirée qui célèbre le théâtre, ce lundi à 22h15 sur France 2...

Recueilli par Joël Métreau

— 

Nicolas Bedos, maître de cérémonie des Molières 2014.
Nicolas Bedos, maître de cérémonie des Molières 2014. — Nathalie Guyon

Les Molières du théâtre, disparus en 2011 ressuscitent lundi soir sur France 2 à 22h15, après avoir été enregistré plus tôt aux Folies-Bergère à partir de 19h. Nicolas Bedos raconte à 20 Minutes comment il conçoit son rôle de maître de cérémonie de cette 26e édition…

Pourquoi avoir accepté d’être maître de cérémonie des Molières?

L'idée de réunir la télé et le théâtre, deux milieux dans lequel j'ai sévi, me semblait cohérente, et même émouvante. J'ai écris cinq pièces, on a fini par l'oublier car j'ai fait davantage parlé de moi dans le petit écran. Mais, au départ, je suis un auteur dramatique égaré sur les plateaux de télévision.

Comment envisagez-vous ce rôle?

Ce sera une soirée truffée de gens que je connais parfois intimement et que par chance le public adore. Nous avons envie de divertir, mais aussi de troubler. L'humour stérile et gratuit est suffisamment répandu. Et puis nous allons tenter de faire une cérémonie qui a le courage de se moquer un peu d'elle-même! Le théâtre gagnera à éviter l'auto-célébration.

C’est un rôle difficile…

Il paraît ! Je vais découvrir et je redoute le pire! J'ai écrit la plupart des interventions tout seul. Il est possible que je me plante, je n'ai aucune certitude, on m'a prévenu que c'était un public très difficile, les gens appréhendent, ils attendent leurs Molière. En plus, la salle est allumée: quand les gens se matent, ils sont moins enclins à se laisser aller. J’en ai parlé avec Laurent Ruquier, qui l’a déjà animée. J'ai aussi croisé des gens qui ont présenté les Césars et pour qui ce fut une épreuve. Connaissant ma sensibilité à fleur de peau, ils m’ont donné le conseil suivant: «N’exprime pas ta souffrance si tu fais des bides, essaie de ne pas réagir.»

On a l’impression que les Américains prennent moins ce genre de cérémonie au sérieux que les Français…

C’est vrai. J’ai eu beaucoup de mal à convaincre certains intervenants aux Molières de se mettre en danger. Les réseaux sociaux et la dureté de la presse ont rendu beaucoup d’acteurs paranoïaques. Il y a toute une convergence d’éléments dont résulte parfois l'absence d'autodérision. J’ai beaucoup regardé les cérémonies américaines comme les Oscars. On va essayer, sans se faire trop d'illusion, de mettre un peu d'Amérique dans cette cérémonie du théâtre français.

Quels sont vos coups de cœur au théâtre cette année?

On les retrouve dans la sélection des nommés cette année. Le triomphe d’Isabelle Huppert, éblouissante dans Les Fausses Confidences, ou encore la révélation d’un auteur et metteur en scène, Alexis Michalik. Il y a aussi Robert Hirsch, magnifique dans Le Père de Florian Zeller. Dommage que la Comédie française ne soit pas présente dans cette sélection.

Dans votre actu, il y aussi mercredi la relaxe des poursuites pour injures intentées par la présidente du Front national, Marine Le Pen, que vous aviez qualifié de «salope fascisante» dans l'hebdomadaire Marianne, en 2012. Satisfait?

Oui et non. Car la relaxe n’a pas bien été expliquée dans la presse. Aucun site n’a retranscrit la chronique dans des proportions suffisantes. Ça donne le sentiment que j’ai traité Le Pen de salope et que j’en ai le droit. Or, j’ai été relaxé car cette chronique était dans le genre littéraire du pamphlet, et tout le monde s’en prenait plein la gueule. C’était un long délire verbal. Je ne suis pas pour qu’on insulte au premier degré les politiques de quels bords qu’ils soient. Ce ne sont pas mes méthodes.

Quels sont vos projets en cours ?

J’irai rendre visite à Ruquier avant la fin de la saison. Mais je suis surtout en train d’écrire un roman, encouragé par le succès inespéré de mon dernier bouquin. Ma vie, c’est d’écrire. Là, j’écris un scénario pour Jean Dujardin, et des dialogues pour un autre film dans lequel je vais jouer.