Oona Chaplin: «Je ne voulais pas faire de télévision, j’étais snob»

Annabelle Laurent
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Oona Chaplin en octobre 2013 au Mipcom à Cannes. 
Oona Chaplin en octobre 2013 au Mipcom à Cannes.  — Lionel Cironneau/AP/SIPA

Oui, Chaplin… comme Charlie Chaplin. Oona Chaplin est née en 1986, dix ans après la mort de son célèbre grand-père dont elle parle avec passion quand nous la rencontrons lundi à Paris. Elle y présente au Festival Séries Mania la nouvelle création du père de «Skins», «Dates», et «The Crimson Field», une production de la BBC sur la Grande Guerre. Les fans de «Game of Thrones» reconnaîtront aussi Talisa, la femme de Robb Stark, quand d’autres se souviendront d’elle dans «The Hour», accélérateur en 2011 de la carrière très prometteuse de cette jeune actrice, élevée entre l'Espagne, Cuba et la Suisse (l'interview se fait en français), à l’énergie et au charme ravageurs.

«Game of Thrones», deux nouvelles séries… C’est votre année!
C’est vrai que ça prend de l’élan. Je ne sais pas pourquoi. J’ai du bol, plutôt qu'autre chose!

Quatre séries, et quatre époques. Seule la série «Dates» se passe à notre époque. Laquelle choisissez-vous pour vivre?
Evidemment «Game of Thrones» parce que c’est un univers parallèle donc l’histoire est à faire et pas à suivre! J'aimerais voyager dans le futur. C’est ce qu’on est en train de faire, non? Je viens de réaliser, on est dans le futur par rapport à il y a cinq minutes... C’est bizarre parce qu’à l’école de théâtre, on m’a dit: «Toi, tu vas faire des trucs modernes, t’as la gueule moderne». Et j’ai trois séries à costume.

Vous êtes femme au foyer dans «The Hour», infirmière dans «GoT» et «The Crimson Field», escort-girl dans «Dates»… C’est bizarre de vous demander de choisir un métier?
Non, pas du tout. Je pense que ce serait escort. Si c’est haut de gamme, très cher et qu’on peut choisir avec qui on couche, ce serait très intéressant (Rires)! Toutes ces histoires chaque nuit, ça doit être une aventure.

«Dates» raconte - brillamment! - neuf rendez-vous. Vous êtes un personnage récurrent. Pour vous, de quoi parle cette série?
Du conflit entre qui on est, qui on voudrait être et comment on voudrait que les autres nous voient. Ce conflit entre ces trois perceptions de nous-mêmes, ce triangle -je suis un peu fascinée par les triangles- devrait être le plus petit possible pour que ces trois regards sur nous-mêmes ne fassent plus qu'un. Ce n'est souvent pas le cas… Surtout que le triangle est peut-être devenu un carré, avec l'avènement de la personnalité virtuelle, que je déteste. Pour moi, Facebook, c’est l’apocalypse...

Cette carrière en télévision, c’est un choix?
Non je ne voulais pas en faire, c’était «en-dessous» de moi… (Rires). Du divertissement «cheap». J’étais snob. Mais, il n’y avait pas encore la révolution du petit écran. Maintenant, la qualité se trouve surtout à la télévision. En trois ans, j’ai changé à 180 degrés: télévision, cinéma, théâtre, je m’en fous.

Vous n’avez pas connu votre grand-père. Qu’auriez-vous aimé lui dire, ou faire avec lui?
Sans doute jouer! Je sais qu’avec les enfants il montait des petits théâtres, il avait une imagination extraordinaire.

Qui est-il pour vous?
C’est une inspiration. Comme Gandhi, comme, pour moi, Che Guevara. Il a tout fait pour améliorer le monde, avec son travail, avec tendresse, il nous a émus, il nous a fait rire, penser. Surtout, c’était un révolutionnaire. Il voulait la paix dans le monde. Ce qui me déprime, c’est ce que ses films aient encore autant de sens aujourd’hui. Ça veut dire qu’on n’a pas du tout évolué comme race.

Quelle fan de «Game of Thrones» êtes-vous? 
La fan n°1! J’ai interdit à mes amis [les autres acteurs] de me dire ce qui va arriver à leurs personnages, sinon je les tue. Je vais regarder l’épisode 4 dès que je rentre chez moi à Londres. Pour la saison 3, je n’avais lu que la partie de Talisa pour voir le reste à la télé avec un regard neuf. 

Et votre personnage préféré…?
C’est une réponse un peu évidente, mais Peter Dinklage. Il est génial. Avec les acteurs, on se mélange tous alors qu’on vient d'un peu partout, c’est bizarre. Dans la rue à Londres, ça arrive que tu marches, t’aperçois un acteur, «Hé, toi! T’es dans «GoT», moi aussi, viens, on va boire une bière!».