Nic Pizzolatto: «J'ai pu écrire "True Detective" sans faire de compromis»

Annabelle Laurent
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Woody Harrelson et Matthew McConaughey dans la série HBO «True Detective», diffusée en France sur OCS City le lundi à 20h55.
Woody Harrelson et Matthew McConaughey dans la série HBO «True Detective», diffusée en France sur OCS City le lundi à 20h55. — HBO

Que nous réserve Nic Pizzolatto pour la saison 2 de son brillant «True Detective», série événement de ce début d’année? Inconnu il y a encore quelques mois, accueilli en star mardi soir pour l’ouverture du festival Séries Mania, le romancier américain en pause parisienne préserve savamment le mystère avant d’entamer la production à l’automne prochain. Volubile sans les excès qui vont avec, secret mais passionnant sur ce qu’il accepte de dévoiler, le showrunner et scénariste de 38 ans a répondu aux questions de 20 Minutes lors d’une table ronde partagée avec quatre journalistes

Comment se passe l’écriture de la saison 2?
Bien! Je m’amuse vraiment beaucoup. Les scripts des deux premiers épisodes sont écrits et on devrait commencer le casting en mai ou juin.  

Est-ce différent de l’écriture de la saison 1, étant donné le succès rencontré?
Quel que soit le succès qu’ait connu la saison 1, je l’ai écrite dans une bulle, et c’est ce qui m’a embarqué dans ce pétrin. Donc je vais continuer à écrire comme si personne ne regardait la série, et continuer à me faire plaisir.

Comment s’est passée la collaboration avec le duo principal sur le tournage?
Merveilleusement bien. Je suis sûr qu’on travaillera à nouveau ensemble. Si je reste dans la télévision, je vous le garantis. Matthew [McConaughey] et moi cherchons d’ailleurs activement de nouveaux projets ensemble. J’ai eu des conversations géniales avec lui sur son personnage, ses intentions, ses motivations.

Cette première expérience en télé ne vous éloigne pas d’un avenir d’écrivain?
J’approche chaque projet comme si c’était le dernier qu’on m’autorisera à faire. Je sais aussi que viendra le jour où je n’aurais plus l’énergie. Pour plaisanter je dis à mon agent: «J’en fais trois comme ça, et j’arrête». En attendant, il faudrait qu’ils me virent, car avec «True Detective», j'ai pu créer quelque chose d'aussi personnel que mes romans. Je n’ai eu à faire aucun compromis. Je me verrais bien aussi écrire des pièces de théâtre, car j’ai réalisé combien j’aimais travailler avec les acteurs. Voir naître le personnage que vous avez écrit à travers le jeu d’un grand acteur est l’une des meilleures expériences d’auteur que j’aie jamais eue. Davantage d’auteurs devraient découvrir cette joie, c’est vraiment quelque chose.

En quoi votre enfance en Louisiane a-t-elle influencé la philosophie de Rust Cohle?
Je dirais que Cohle est probablement plus religieux que moi. Auprès de qui se plaint-il, au juste? (Rires). J’ai grandi dans une famille très catholique. Mes parents croyaient en l’apparition de la Vierge Marie et nous préparaient à la fin du monde. Déjà, enfant, j’avais conscience du contrôle qu'exerçaient les croyances sur notre monde. Cela dit, la dernière chose que je voudrais serait de détruire la foi de quelqu’un. Le sujet m’obsède parce qu’il correspond à mon obsession pour les histoires que l’on se raconte. Si «True Detective» dit une seule chose, c’est bien qu’il faut être prudent avec les histoires que l’on se raconte à soi-même.

A quel point vous identifiez-vous à Rust Cohle?
J’ai tendance à m’identifier à tous les personnages extrêmes. Tous mes personnages ont un côté animal, de la même façon que je me définis et vois les autres et ma relation aux autres avec ce filtre animal. Je peux parfois être un danger pour moi-même. Tout est à double tranchant.

L’enquête passe au second plan dans «True Detective». Pourriez-vous même vous en passer?
Oui. Il y a d’autres séries que j’aimerais faire, et si j’y arrive, celle-ci restera comme ma série policière mais je n’en ferai pas d’autre. Comme je débutais, j'avais besoin d’un genre populaire et reconnaissable pour ancrer toute l’étrangeté que je souhaitais. A l’époque je ne pouvais avoir juste deux gars dans un bar en train de discourir sur la vie, il me fallait un meurtre! Mais ma série idéale aurait deux scènes: un bar de quartier, et la rue à l’extérieur de ce bar. C’est tout.

Vous avez dit que certains dialogues auraient été ridicules s’ils n’avaient pas été dits par McConaughey. A quoi faut-il s’attendre pour la saison 2?
Je pense que ceux qui ont aimé mes dialogues dans la saison 1 aimeront ceux de la saison 2 même si je n’ai pas de personnage qui déblatère du Schopenhauer à longueur de temps. La musicalité du langage et la façon dont les personnages se révèlent sont toujours là, je crois. J’apprécie vraiment les dialogues que l’on a jusqu’ici.

Et vous allez commencer le casting…
Je ne peux pas en parler. Quels sont les acteurs que je veux? Je ne peux pas vous dire.

Mais vous savez...
Oui. Je peux vous dire que ce n’est pas Brad Pitt!

Avez-vous une scène préférée dans la saison 1?
J'en ai tellement. J’adore le dialogue de sept minutes dans la voiture à l’épisode 1, la scène du dîner chez Marty, la confrontation dans le vestiaire… J’adore voir Cohle danser dans l’épisode 3. C’était une idée de Matthew. Il danse mais de façon si immobile, si intense. Mes scènes favorites sont en fait moins liées à mon écriture qu’aux acteurs. Sur le tournage je me suis vraiment demandé comment personne n’avait pu pensé jusqu'ici à les réunir dans un film.