Séries télé: L’art de terminer une saison (et de vous faire trépigner d’impatience)

TELEVISION «20 Minutes» a passé à la loupe les «twists» fréquemment utilisés par les scénaristes télé…

Anaëlle Grondin
— 
Extrait de la série britannique «Sherlock».
Extrait de la série britannique «Sherlock». — BBC

**Attention, cet article revient sur des éléments de l’intrigue de séries déjà diffusées comme «Lost», «Melrose Place» ou «Six Feet Under»**

Les showrunners sont sans pitié. Nombreux sont ceux qui usent (et parfois abusent) des cliffhangers, ces scènes qui concluent un épisode par une situation de suspense insoutenable, pour boucler une saison… et faire trépigner d’impatience le téléspectateur jusqu’à la suivante. Steven Moffat et Mark Gatiss avaient fait le coup à la fin de la première saison de «Sherlock», en laissant le détective privé dans une situation périlleuse. Joueront-ils de la même manière avec vos nerfs ce jeudi soir sur France 4 pour la fin de la saison 3? Et quid de la fin de la saison 2 de «House of Cards» sur Canal+ au même moment?

En attendant d’avoir la réponse, 20 Minutes s’est interrogé sur l’art de terminer une saison de série télé et a dressé une typologie des cliffhangers

>> Le héros est laissé dans une posture dramatique, comme dans la saison 1 de «Sherlock». «Cliffhanger» se traduit par «accroché à une falaise» ou comment laisser un personnage dans une situation périlleuse qui donne forcément envie de regarder la suite. Ainsi, à la fin de la saison 5 de «24 heures chrono», Jack Bauer est kidnappé.



A la fin de la saison 5 de «Mad Men», une femme demande à Don Draper accoudé tout seul au bar «Êtes-vous seul?». Il la regarde, puis… écran noir.  Va-t-il tromper sa femme encore une fois?



>> Un personnage principal meurt ou est laissé pour mort. Le cliffhanger le plus célèbre est le dernier épisode de la saison 3 de «Dallas», dans lequel quelqu’un tire sur J.R. Ewing. La question de sa survie éventuelle et le mystère au sujet de l'identité du coupable n'ont trouvé leur réponse qu'au cours de la saison suivante.



De la même façon, le personnage principal de «Twin Peaks», l'agent spécial du FBI Dale Cooper, se fait tirer dessus de manière inattendue à la fin de la saison 1, sans que le public sache s’il va mourir ou non. L’opération au cerveau de Nate à la fin de la saison 6 de «Six Feet Under» fait se poser les mêmes questions (et stresser).

>> Un être cher au héros meurt. Vous vous demandez comment les scénaristes peuvent faire une chose aussi cruelle? Pourtant ils ne s’en privent pas. Ceux de «Newport Beach», par exemple, ont offert un final tragique à la saison 3. Marissa meurt après un accident de voiture dans les bras de son bien-aimé, Ryan. Le tout sur une reprise de «Hallelujah».



>> Un accident, incendie, attentat se produit. Evidemment, le téléspectateur ignore tout des conséquences jusqu’à la saison suivante. A la fin de la saison 3 de «Melrose Place», Kimberley Shaw, jouée par Marcia Cross, fait sauter toute sa résidence. Attendre la suite a été plus qu’insoutenable pour les inconditionnels du feuilleton américain des années 90.



>> Un mystère est sur le point d’être révélé (en fait non, générique). La fin de la saison 3 de «Friends» a dû causer le désarroi de plus d’un téléspectateur à l’époque. Ross doit choisir entre Rachel, son amour de toujours, et Bonnie, sa petite amie du moment. Le téléspectateur le voit hésiter entre deux chambres d’hôtel puis franchir l'une des portes sans savoir quelle chambre il a fini par choisir. De la même manière, à la fin de la première saison de «Lost», les naufragés découvrent une trappe dans la jungle ouvrant sur un tunnel très sombre dans lequel le téléspectateur s’enfonce. FIN.



>> Une révélation surprenante est faite dans les dernières minutes.  La troisième saison de «Battlestar Galactica» s'achève sur une révélation incroyable. Des personnages incontournables découvrent qu'ils sont des Cylons (une race fictive qui peut avoir une apparence humaine). Dans un autre style, «Desperate Housewives» a laissé sur leur faim de nombreux téléspectateurs en les propulsant «5 ans plus tard» quelques secondes à la fin de la saison 4. Le public découvre, entre autres et avec horreur, que Susan embrasse un autre que Mike.



>> Un gros plan déroutant met en avant un objet ou un personnage. A la fin de la saison 7 de «Friends», un événement vient entacher la cérémonie de mariage de Monica et Chandler: Phoebe découvre un test de grossesse positif. Mais à qui appartient-il? Gros plan sur le visage de Rachel. Est-ce vraiment elle ou les scénaristes sadiques nous envoient sur une fausse piste?

Trop de «cliffhangers» à tout va? 

Pour Pierre Sérisier, auteur du blog Le Monde des séries, tous les cliffhangers sont forcément «artificiels», mais surtout une «contrainte», autant pour les scénaristes que pour les téléspectateurs: «Ca a été trop utilisé. Il est temps de passer à autre chose». «Les bonnes séries sont capables d’étendre durablement la narration sans cliffhanger, reconnaît de son côté Pierre Langlais, journaliste spécialiste des séries pour Le Mouv’ et Télérama. En revanche, «ça ne va pas disparaître», assure-t-il avant de conclure: «Ce serait regrettable, cela fait partie des plaisirs de la série télé et il y en a qui ont su faire des cliffhangers malins qui poussent à réfléchir. C’est une technique très efficace. C’est en partie pour cela que je porte "Lost" dans mon cœur.»

>> Et vous, en avez-vous marre des «cliffhangers» ou les trouvez-vous indispensables en fin de saison? Lesquels ont été les plus insoutenables pour vous? Dites-le nous dans les commentaires ci-dessous ou à l’adresse contribution@20minutes.fr.