MIPTV: «Les plateformes comme Netflix sont très porteuses pour exporter nos programmes»

INTERVIEW Comment la France vend-elle ses programmes à l’étranger pendant le MIPTV? Explications avec Mathieu Béjot, délégué général de TV France International…

Annabelle Laurent
— 
Benjamin Carle ne consomme plus que français
Benjamin Carle ne consomme plus que français — Canal+

De notre envoyée spéciale à Cannes

Au MIPTV, royaume des emplettes du petit écran, il y a ce que la France achète. Des jeux comme «Boom», que TF1 a acheté à l’israélien Keshet, des séries comme «Halt and Catch Fire» (acquis par Canal+) ou «The Missing» (une prise de TF1)… Et il y a ce que la France vend. Arte a annoncé mardi avoir vendu trois séries documentaires (20x26’ et 12x52’) à la chaîne italienne Effe TV, un contrat conséquent. Et pour le reste? La 51e édition du MIPTV est-elle un bon cru? Prise de température avec Mathieu Béjot, délégué général de TV France International (TVFI), l’organisme chargé de l’exportation des programmes audiovisuels français à l’étranger.

Le MIPTV s’achève ce soir. Une bonne édition? 
Ça se passe plutôt bien, globalement les gens sont assez contents. C’est un peu tôt pour parler de bonne année car il y a des promesses d’achats qu’il va falloir concrétiser. Mais le business est dur. Parce que certains pays sont encore dans une situation économique compliquée. Parce que les chaînes veulent les mêmes programmes qu’avant mais pour 20% moins cher. Et il y a les plateformes VOD, les petites chaînes TNT, qui achètent moins cher: c’est une multiplication des petits clients et c’est «travailler plus pour gagner moins» aurait dit notre ancien Président.

Des ventes notables de programmes récents?
Made in France, le documentaire de Canal+ a clairement eu des touches, alors que le programme est tout frais, il n’a pas été commercialisé encore. «Candice Renoir» était mis en avant dans la programmation et je n’ai pas encore les résultats mais ils ont dû faire quelques deals grâce à ça.

L’embellie se poursuit pour les séries françaises?
Du côté des nouveautés, il y a la saison 2 d’«Ainsi soient-ils» qui s’est pas mal vendue, la saison 3 de «Braquo», «Un Village Français» aussi, qui démarre en Corée à la fin du mois, puis toujours «Candice Renoir», «Les petits meurtres d’Agatha Christie, «Le sang de la vigne»… Les séries d’action marchent pas mal, «Le Transporteur» se vend partout, «No Limit»… Et les shortcoms comme «Nos Chers voisins», «Bref», «Working Girls». Ce qui est intéressant c'est que le succès n’est pas limité aux séries Canal+.

Vous avez organisé en novembre un événement à Los Angeles sur les séries françaises
Les Américains nous ont accueilli un peu comme si on était la Scandinavie d’il y a trois ou quatre ans. En se disant qu’il se passe des choses en France.

La série française, ça veut dire quoi aujourd’hui, pour les acheteurs étrangers?
On n’a pas forcément une image unique, identifiable, comme la fiction scandinave en avait une de polar poisseux il y a 5-6 ans. Ce qui est à la fois une faiblesse parce qu’on n’arrive pas à «packager» notre fiction et une force pour répondre à des besoins extrêmement différents.

Quels sont les plus gros acheteurs?
L’Europe de l’Ouest, mais pour la première fois en 2013, elle a représenté moins de la moitié des ventes. Trois régions du monde ont vraiment poussé, avec environ 15% du chiffre d’affaires chacune: l’Asie, l’Europe centrale et orientale et l’Amérique du Nord. Sur ces régions là il y a des plateformes VOD qui deviennent des vrais relais de croissance. Quand Hulu ou Netflix prennent «Braquo» et «Engrenages», ce sont de vrais contrats rémunérateurs, mais il y a aussi des plateformes en Corée, Russie, Chine, Brésil, au Royaume-Uni, des territoires majeurs donc.

En France, l’arrivée de Netflix fait au contraire très peur
Car le risque, c’est de déstabiliser le secteur. Mais ça peut être un effet d’aubaine intéressant. On voit, nous, combien les plateformes sont porteuses pour pénétrer les marchés et contourner les barrages des chaînes, très difficiles à toucher, et frileuses. Les plateformes VOD touchent un public très averti, demandeur, avide, notamment en termes de séries. Et ça peut ensuite donner des idées aux chaînes qui constatent que le public est mûr.