Comment «How I Met Your Mother» a réussi à durer aussi longtemps

TELEVISION La sitcom de CBS s'achève lundi. Et avec neuf saisons, elle rejoint un club très VIP...

Philippe Berry

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«How I Met Your Mother» a duré neuf saisons.
«How I Met Your Mother» a duré neuf saisons. — 20TH CENTURY FOX/CBS

>> Attention, cet article comprend des spoilers sur la saison 8

«It was a twisting turning road that led to the end of the aisle and not everything along the way was perfect.» Cette phrase, narrée par Ted lors du mariage de Robin et Barney dans l'avant dernier épisode de «How I Met Your Mother (HIMYM)», résume bien la série: la route fut longue et sinueuse, et tout n'a pas été parfait en chemin. Mais malgré un concept trop étiré et une sérieuse baisse de régime, la série a réussi à durée neuf saisons et 206 épisodes –un chiffre comparable à «Seinfeld», «Friends» et «Cheers». Et si son impact sur la comédie et la pop culture ne lui permet pas de revendiquer une place au Panthéon des séries, sa performance n'en reste pas moins exceptionnelle, surtout aujourd'hui. Décryptage de ce succès en cinq points avec le critique Saul Austerlitz, auteur du livre Sitcom: Une histoire en 24 épisodes, alors que HIMYM s'achève ce lundi soir aux Etats-Unis par un double épisode d'une heure qu'on espère LEGEN–wait for it...

Une sitcom qui a fait du neuf avec du vieux

La série «a réussi à redonner un coup de jeune au concept de ''Friends''», estime Austerlitz. Ici, cinq amis ne passent pas leur temps dans un café mais au bar, et les personnages sont des classiques de la sitcom US: Ted est le le type normal un peu coincé (Ross), Barney, le blagueur (Chandler) etc. Malgré un format old-school (rires enregistrés et décors limités filmés en multicaméras), HIMYM «s'est surtout distingué par sa forme narrative dynamique», avec de nombreux flashbacks et les anecdotes inventées de Barney, qui se rapprochent des séquences fantaisistes de JD dans «Scrubs».

Son concept a poussé à continuer

Mais qui est la mère? «Les créateurs ont utilisé cette carotte avec un certain succès», estime le critique. Ils ont joué avec le téléspectateur, semé des indices comme le parapluie jaune, repoussant le dénouement. Et si certains ont préféré arrêter les frais quand la qualité de la série a baissé, la plupart ont continué: l'audience a été remarquablement stable aux Etats-Unis, entre 8 et 10 millions de téléspectateurs, pendant neuf ans. Car après avoir investi quatre ou cinq années dans un show, on réfléchit à deux fois avant de le lâcher.

Des acteurs au-dessus de la moyenne

«On l'oublie trop souvent mais de nombreuses comédies meurent ou survivent en fonction du talent à l'écran», rappelle Austerlitz. Selon lui, «la sitcom demande un timing comique précis» qui se rapproche du vaudeville au théâtre. HIMYM a été bien servi par le talent de Neil Patrick Harris, qui a relancé sa carrière, et celui de Jason Segel –même si les scénaristes ne l'ont pas toujours gâté avec Marshall. Globalement, le quintette s'est révélé très complémentaire, comme le prouve sa performance récente dans Inside The Actor's Studio.

Sa continuité, dans la forme et le fond

Le Bro Code, le Playbook, les costards, les vannes sur le Canada, les high 5, les claques du «slapsgiving», les challenges «accepted», la chèvre... Les scénaristes ont beaucoup joué sur le comique de répétition. Parfois trop, mais cela devient presque des privates jokes dont le spectateur fait partie. La continuité dans l'humour et dans la quête de la mère s'allie à une unité sur la forme, avec une patte immédiatement reconnaissable (les flashacks, la musique, les gros plans au ralenti, la narration de Ted). L'une des explications, selon le critique, c'est que tous les épisodes (sauf douze) ont été réalisés par une seule personne, Pamela Fryman.

Une série grand public à l'humour fédérateur

Si «Seinfeld» était une sitcom sur le rien, HIMYM a été une série sur l'amitié et le quotidien. Selon Cobie Smulders (Robin), la plus grande qualité du show est sa «relatability». Tout le monde peut s'identifier aux situations (Ted cherche l'amour, Barney grandit, Marshall et Lily doivent choisir entre carrière et vie de famille) qui s'inspirent en partie de la vie des créateurs, Carter Bays et Craig Thomas. L'humour est au diapason. Pas de sarcasme ni de cynisme mais des blagues sympas et un message central simple: ce qui importe n'est pas tant la destination finale que les petits moments du voyage. Légère, la série n'a jamais eu peur de faire dans l'émotion, comme Robin qui ne peut pas avoir d'enfants ou lors de la mort du père de Marshall. Lundi soir, on versera peut-être même une petite larme.

...DARY.

Regardez-vous encore la série? Aurez-vous la gorge serrée, pour ce finale?