Comment tourner un film sur Vladimir Poutine en Russie?

TELEVISION Le cinéaste Jean-Michel Carré, auteurs de film interdits en Russie, a expliqué à «20 Minutes» comment il avait réussi à réaliser son documentaire «Poutine, pour toujours», diffusé sur France 2 ce mardi à 22h50…

Anne Demoulin

— 

Vladimir Poutine dans le documentaire «Poutine pour toujours?»
Vladimir Poutine dans le documentaire «Poutine pour toujours?» — LES FILMS DU GRAIN DE SABLE

Sept ans après Le Système Poutine, Jean-Michel Carré, dresse un nouveau portrait du président russe, intitulé Poutine pour toujours? «Je n’avais pas prévu de refaire un film sur lui. Sa politique dure, arbitraire m’y a contraint. Il fallait filmer cette nouvelle métamorphose, bien plus violente que celle observée dans mon premier film», estime Jean-Michel Carré. Dans le documentaire, diffusé ce mardi sur France 2 à 22h50, le cinéaste montre que comment Vladimir Poutine est devenu le maitre absolu de la Russie et a inventé, après les élections truquées de 2012, la «démocrature monarchique». Mais comment tourne-t-on un film sur le chef du Kremlin dans un pays contrôlé par ce dernier?

Rentrer en Russie

Le cinéaste a réactivé son solide réseau de contacts. «Paradoxalement, j’ai obtenu des témoignages assez facilement. Les intervenants ont été courageux et ont tous tenu, malgré la prise de risque, à témoigner à visage découvert car ils veulent se battre»

«Il fallait que j’aille voir ce qui se passe en Russie», relate le cinéaste. Première difficulté pour le cinéaste, auteurs de films interdits en Russie: obtenir un visa. «Je suis passé par une demande groupée via une compagnie de tourisme», explique-t-il. A son arrivée, il est le seul de l’avion à avoir son passeport bloqué aux douanes. «Cela a duré une demi-heure. Je ne sais pas ce qu’ils ont vérifié, mais je suis passé.»

Redoubler de précautions

Filmer coute que coute. «S’il ne m’avait pas laissé rentrer, j’avais un plan B. Je connais des interprètes, des techniciens là-bas». Sur place, le cinéaste redouble de précautions. «J’ai dormi chez des amis. Je me suis rendu à mes rendez-vous en prenant un taxi, puis un métro, puis un bus. Ma caméra était planquée dans une valise. Au restaurant, je me plaçais toujours dos au mur»,énnumère-t-il. Surtout ne pas être suivi. «Le FSB est moins efficace que le KGB. Il sont trop occupés à spolier les petits entrepreneurs, leur système a des failles», lâche-t-il.

Adapter son emploi du temps

Le tournage a duré quatre semaines, entre juin et septembre 2013. «J’ai profité des JO de Sotchi», explique-t-il. Un moment où Vladimir Poutine, qui craignait le boycott des pays occidentaux, avait lâché un peu lest. Les dates de tournages ont imposé un rythme de montage soutenu, «deux mois au lieu des six habituellement consacrés à un documentaire comme celui-ci».

Autre difficulté, trouver des  images d’archives. «Les télévisions nationales russes refusent de vendre des images de Vladimir Poutine. Nous sommes passé par des télévisions régionales et étrangères.» Pari gagné, Jean-Michel Carré a réussi à montrer les inquiétantes ambitions d’un aspirant Tsar, l’Eurasie.