La guerre civile au Darfour n'est guère télégénique

©2006 20 minutes

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Stand-by. Un reportage sur la propagation du conflit soudanais à la frontière tchadienne, prêt pour une diffusion au journal de 20 heures, attend depuis dix jours sur les étagères de France 2. Réalisé par l'unique correspondant de la chaîne en Afrique, Dominique Derda, il livre le témoignage de réfugiés soudanais au Tchad, et montre les Janjawid, ces cavaliers arabes organisés en milice, responsables de nombreuses exactions dans les villages de la province. Un sujet rare à la télévision française. « Mais pas diffusable pour l'instant, explique Thierry Thuillier, chef du service international de la Deux. Nous ne pourrons le passer qu'avec une accroche d'actualité. » C'est bien le problème.

La guerre civile qui saigne l'ouest du Soudan n'est pas nouvelle : elle est même vieille de quatre ans et a fait 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés. « Mais c'est une guerre oubliée, car sans images, note Olivier Barlais, président d'Africultures, une revue en ligne qui liste, entre autres, les apparitions du continent noir dans le PAF. Depuis septembre, nous avons relevé, sur France 5 et Arte, deux docus sur ce conflit. » Un troisième est prévu le 6 janvier sur la chaîne franco-allemande. France 2 a, elle, diffusé en novembre deux reportages dans ses JT à la faveur d'une visite éclair du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy. « Ces déplacements officiels sont le seul moyen d'entrer au Darfour, explique Thierry Thuillier. Le gouvernement soudanais bloque toutes les demandes de visas et il est devenu trop risqué de s'introduire dans le pays clandestinement par l'intermédiaire des groupes rebelles. » Relais précieux des reporters dans les zones en guerre, les ONG désertent aussi la région. Depuis le début du mois, quatre cents travailleurs humanitaires en ont été évacués. « Quand bien même on entrerait, on ne ramènerait que des images de villages abandonnés ou d'énièmes témoignages de civils en fuite, assure Dominique Derda. Pas de quoi intéresser les rédactions pour autre chose qu'un 2 minutes au 20 heures. » A moins que... « les politiques ne se saisissent de la question, jure Thierry Thuillier. Dans ce cas, au moins, on saurait qui inviter pour un débat. »

C. B.