«Following», «Arrow»…: Comment TF1 choisit ses séries américaines

Annabelle Laurent

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Shawn Ashmore et Kevin Bacon, dans "The Following" (FOX)
Shawn Ashmore et Kevin Bacon, dans "The Following" (FOX) — © Warner Bros. Television

En 2004, un agent du FBI (Kevin Bacon) arrête un professeur de lettres condamné pour avoir tué 14 de ses étudiantes. Neuf ans plus tard, le tueur s’évade, plus redoutable que jamais: depuis sa cellule, il a créé, via les réseaux sociaux, un réseau de meurtriers. En janvier dernier, «Following», «noir, étouffant et cinématographique», créait l’événement à la télévision américaine, avec un joli succès d’audience: 8 millions de téléspectateurs en moyenne. Un an plus tard, la série de la Fox débarque sur TF1, ce mardi soir. Un joli coup de la chaîne, même si la série hérite de la seconde partie de soirée pour son contenu «trop violent».

Ce qui a plu à TF1? «Une écriture ciselée et pointue», une «histoire addictive», des «personnages intrigants et charismatiques», à ajouter à «un casting incroyable», énumère Sophie Leveaux, directrice artistique des acquisitions de TF1. Mais à l’heure où chaque saison offre son lot de pépites, nombreuses sont les séries américaines à mériter de tels éloges. Quels critères de choix entrent en jeu?

Les nouveautés surveillées un an en amont

«TF1 a des deals avec Warner, Sony et Universal, détaille Sophie Leveaux. On n’a plus qu’à espérer que les bonnes séries soient chez ces studios là.» Ce qui laisse en fait à la chaîne un très large choix, les «deals» en question désignant des contrats-cadres lui donnant le droit de se servir en premier dans les séries produites par les studios. M6 a de son côté des accords avec les trois autres majors hollywoodiennes Fox, Disney et CBS. 

Sans oublier les filiales qui échappent à ces «deals», comme HBO, filiale de Warner. Si la saison 4 de «Game of Thrones» sera à découvrir sur Orange, c’est qu’un partenariat avec HBO lui donne l'exclusivité en «première fenêtre» (première diffusion).

«Aussi familial que possible»

«Un an en amont» de la diffusion des pilotes aux Etats-Unis, cinq personnes, dont Sophie Leveaux, surveillent pour TF1 les nouveautés américaines. Les lignes directrices? «Trouver des genres aussi différents que possible», «une proposition aussi familiale que possible», et «suivre les tendances».

«Des genres différents»… Le genre policier prédomine pourtant largement. «On n’a rien inventé. Le thriller, le policier, le médical, et l’univers de la justice étaient très mis en avant aux Etats-Unis. On a surfé sur la vague. Et le public français a une réelle appétence pour l’univers policier», estime la directrice des acquisitions, chez TF1 depuis plus de vingt ans et qui cite les «nouvelles tendances», qu’ont pu être «Lost» (2005-2010) ou «Fringe» (depuis 2009). «Même "Melrose Place" et "Beverly Hills", c’était à l’époque une nouvelle tendance».

«Following», plus feuilletonnant que d'habitude

«TF1 diffuse des séries policières efficaces mais sans grande originalité, avec de préférence des têtes d'affiche attractives, commente Marjolaine Boutet, docteur en histoire et spécialiste des séries (Les séries télé pour les nuls, 2009). C'est parfaitement cohérent avec sa grille et ses séries "originales". La nouveauté avec "Following" c'est que c'est beaucoup plus feuilletonnant que ce que la chaîne diffuse habituellement». 

Cette année, arrivent – TF1 ne «sait pas encore dans quel ordre» – «Arrow», «Revolution», «Client List», «Major Crimes», «The Blacklist»… De futurs succès d’audiences pour prendre la relève des cartons comme «Esprits criminels» et ses 7,3 millions de téléspectateurs en moyenne pour la saison 8 achevée en décembre? En 2013, les séries américaines de TF1 représentaient 58 des 100 meilleures audiences de l’année, toutes chaînes confondues.

Un chiffre surveillé du côté des acquisitions? «Pas du tout», assure Sophie Leveaux, qui reconnaît aussitôt que «quand des séries comme "Dr House" s’arrêtent (en mars dernier, ndlr), on pleure». Autre «blockbuster» de la chaîne, «Mentalist» s’approche de la fin, la saison 6 serait la dernière, a glissé le créateur de la série Bruno Heller, mais TF1 n’y croit pas. «Oh non, je n’espère pas! Longue vie à Mentalist!»