La métamorphose des séries américaines

TELEVISION En 2014, des saisons plus courtes, commandées sans pilote, dynamisent les grilles et attirent des grands noms du cinéma...

Philippe Berry
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La série «Sleepy Hollow», diffusée sur Fox.
La série «Sleepy Hollow», diffusée sur Fox. — 20TH CENTURY FOX

De notre correspondant à Los Angeles,

S'adapter ou mourir. Alors que l'arrivée de Netflix et d'Amazon secoue le petit écran, les séries US expérimentent. Le point sur les trois tendances de l'année avec Neil Landau, auteur du guide The TV Showrunner's Roadmap, qui enseigne l'écriture et la production télévisée à UCLA. 

 

1. Les saisons raccourcissent

Les chaînes multiplient les formats courts. On passe de 22 épisodes par saison à 10 ou 15. «Cela évite le remplissage, sur le modèle du câble et des séries anglaises. C'est mieux pour les scénaristes», estime Landau. Et cela permet également de tout diffuser d'un bloc, sans rediffusion ou interruption, pour que l'audience ne s'effrite pas. «Le but reste en général d'avoir plusieurs saisons», en cas succès, comme pour «Under The Dome» et «The Following», note l'expert. Si les chiffres sont mauvais, en revanche, comme «Hostages» ou «Betrayal», la chaîne arrête les frais en s'abritant derrière le concept de la série «limitée» à une saison. Après «Sleepy Hollow» à l'automne dernier, on attend une vingtaine de shows raccourcis cette année, dont «Extant», produit par Steven Spielberg, avec Halle Berry, et «Backstrom», du créateur de «Bones».

 

2. Les pilotes disparaissent

«La saison des pilotes, c'est fini», lâchait le directeur de la programmation de Fox, Kevin Reilly, lors d'un panel de la Television Critics Association, mi-janvier. Désormais, Fox veut commander des séries directement, comme Netflix, tout au long de l'année, sans passer par le développement de nombreux pilotes et des semaines d'enchères printanières. Selon Neil Landau, «si les studios et les chaînes veulent attirer des talents majeurs comme Kevin Spacey ou David Fincher, ils n'ont pas le choix. Ils doivent s'engager sans tergiverser». Les prochains projets de Tina Fey, Vince Gilligan et David O'Russell ont notamment été vendus sur un simple script.

 

3. La télé fait son ciné

Des grands noms comme Martin Scorsese ne réalisaient en général qu'un ou deux épisodes avant d'officier comme producteur. Cette année, on retrouve plusieurs cinéastes à la caméra pour des saisons complètes. Avec «True Detective», actuellement diffusé sur HBO et OCS City, Cary Fukunaga a été séduit par l'idée «de faire un film de huit heures». Steven Soderbergh, lui, a pris sa retraite au grand écran mais réalisera les dix épisodes de la série d'époque «The Knick», pour Cinemax. Guillermo del Toro et M. Night Shyamalan devraient, eux, superviser de près leur bébé «The Strain» et «Wayward Pines». «Avoir un seul réalisateur de renom offre une unité visuelle et de ton», analyse Neil Landau. «Et même s'ils sont souvent un peu plus chers, ces projets sont en général plus faciles à vendre», conclut-il.