La France face au «scandale du logement»: La démonstration choc de France 3

Annabelle Laurent

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Extrait de "La France en face, le scandale du logement", documentaire diffusé sur France 3 le 20 janvier à 20h45. 
Extrait de "La France en face, le scandale du logement", documentaire diffusé sur France 3 le 20 janvier à 20h45.  — France 3

La crise du logement, voilà un sujet «qui peut ne pas apparaître très "télégénique"», lance Linda Bendali, co-auteur du documentaire La France en face, le scandale du logement, dont 20 Minutes est partenaire. «Urbanisme, spéculation immobilière… Toutes les questions restent très techniques, c’est abrupt. Il fallait apprivoiser cette matière pour faire comprendre les enjeux». Comme pour le premier documentaire de la collection «La France en face» diffusé le 28 octobre dernier et consacré à la France des «Invisibles», un drone a été utilisé pour de très beaux plans aériens déployés au fil des 112 minutes. De quoi résoudre instantanément une part du problème de «télégénie» évoqué.

Un reportage à deux voix

Mais surtout, c’est l’efficacité du raisonnement qui frappe, déployé à travers une dizaine de séquences. D’emblée, la voix-off présente les deux faces de l’histoire, et la répartition des tâches côtés coulisses. D’un côté, les sacrifices  liés au logement, abordés par Amandine Chambelland, auteur de plusieurs documentaires liés à la violence sociale en France. De l’autre, les blocages et leurs responsables, interrogés par Linda Bendali, davantage spécialisée dans l’enquête.

Toutes deux ont travaillé en parallèle, pendant huit mois. Les victimes de la crise du logement ont plusieurs visages. Il y a ce jeune couple enfin propriétaire, mais au prix d’un éloignement du centre-ville coûteux en déplacement et en qualité de vie. Ces habitants du Havre qui ont cru aux «maisons Borloo» et voient leurs murs se craqueler chaque jour un peu plus. Ces locataires qui luttent contre la vente à la découpe - orchestrée ici par la BNP, ces femmes qui déplacent leurs valises et leurs enfants d’un hôtel d’urgence à un autre dans l’attente d’un logement social. «Globalement, les gens ont envie de pousser un coup de gueule», commente Amandine Chambelland au sujet de ses témoins. Les plus délicats à trouver: une famille en cours de saisie immobilière, à la suite de retards de remboursements. Indispensable pour montrer l’ «illusion de sécurité» qu’est la propriété. «Ils sont dans un moment d’extrême fragilité. Pour eux, c’est une spoliation. J’ai eu beaucoup de refus.»

«On souffre tous en silence»

La suite du reportage nous emmène en Allemagne, au royaume des locataires, où le rêve de la propriété n’existe pas. «On a comparé les parts de propriétaires en Europe, explique Linda Bendali. L’Allemagne avait la part moins importante». A Berlin, 85% de locataires. L’objectif, en partant y tourner: «s’interroger en creux» sur notre comportement. On s’étonne ainsi de voir une agence berlinoise refuser, à des Français qui achètent à Berlin, toute spéculation, pour «préserver son image» vis-à-vis de ses clients. Linda Bendali poursuit son enquête sur l’île Seguin où sont construit des immeubles de bureaux, encore partiellement vacants, à la place de logements pourtant indispensables en Ile-de-France, avant de s’attaquer aux dérogations accordées par la loi Duflot ou au non-respect de la loi SRU et de ses 20% de logements sociaux.

Le plus surprenant pour les auteurs? «L’ampleur de la problématique, son importance! En mettant à bout toutes ces problématiques traitées d’habitude de façon isolée, on s’est rendu compte à quel point cela touchait tout le monde, commente Linda Bendali. Et c’est incroyable de voir qu’on souffre tous en silence. Il n’y a pas de manifestations, ou très ponctuellement. Les gens ont intégré que c’est une souffrance individuelle.  Or c’est vraiment le chacun pour soi qui est au cœur du problème.»