Denis Lavant: «Ma seule crainte, c’est d’avoir rendu le personnage de Marcel Dassault sympathique»

Recueilli par Joël Métreau

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Denis Lavant dans Marcel Dassault, l'homme au pardessus.
Denis Lavant dans Marcel Dassault, l'homme au pardessus. — Gilles Scaremma/JEM Production

Dans Marcel Dassault, l’homme au pardessus, biopiv d’Olivier Guignard diffusé sur Arte ce vendredi 17 janvier à 20h50, Denis Lavant incarne l’industriel et fabricant d’armes. L’acteur nommé aux Césars l’an passé pour son interprétation dans Holy Motors de Leos Carax explique pourquoi il a choisi ce rôle.

Vous retrouver dans la peau de Marcel Dassault, c’est étonnant. Comment le projet de téléfilm vous est parvenu?

C’est un scénario qui est arrivé chez mon agent après la sortie de Holy Motors. J’ai d’abord réagi avec un a priori. Il y a ce cliché qui perdure avec son fils, une image d’un type d’une grande froideur, une sorte de grand financier paternaliste et réactionnaire, qui possède toutes les manettes du pouvoir.  Mais je tenais aussi à faire ce film en hommage à mon arrière-arrière-grand-père qui était ingénieur dans l’aviation.

Finalement, le personnage de Marcel Dassault vous a intéressé…

Oui, car c’est mon travail de rendre visible le parcours d’un être humain, que ce soit un tyran, un amoureux passionné ou un voyou, c’est mon travail de montrer toute l’épaisseur humaine d’un individu. Certes, c’est délicat quand ce personnage a existé dans un passé récent. Mais le scénario raconte bien la trajectoire de Marcel Bloch [devenu Dassault] des années 1930 aux années 1970. On le voit dans des attitudes contradictoires: à la fois quelqu’un qui a une candeur humaniste et un type qui a vendu des armes toute sa vie.

Beaucoup de contradictions en effet…

Ce qui m’a attiré, c’est qu’il a conservé un regard d’enfant, comme cette scène où il récolte un trèfle à quatre feuilles. Ma seule crainte, c’est d’avoir rendu le personnage sympathique. 

Industriel, résistant, producteur de films, politique: Marcel Dassault est un personnage caméléon…

Il n’est pas polyforme, mais très entier. Dans son itinéraire, il y a deux époques. Avant la Seconde Guerre mondiale, où il a commencé à asseoir son industrie et à livrer des avions aux républicains espagnols. Un acte de résistance, contre l’avis du gouvernement français. Puis il a été viré par les généraux antisémites et déporté pour avoir refusé de se mettre au service des nazis. Après, il fait son retour sur la scène de l’industrie française. C’est touchant, car il essaie de se protéger tous azimuts en changeant de nom et en se convertissant au catholicisme.

Avez-vous souhaité rencontrer la famille ?

Non, car je ne suis pas Actors Studio. Je fonctionne par songerie. Il fallait surtout que j’apprenne à dessiner des avions. Il existe très peu de documents sur Marcel Dassault en mouvements, juste quelques photos. Je n’ai pas essayé de rentrer dans le mimétisme. Mais il a une silhouette, avec son manteau, ses lunettes et son pardessus.

Il y a des scènes grinçantes, celles où Marcel Dassault distribue des billets, qui rappellent les soupçons de clientélisme qui pèsent sur son fils

Oui, quand j’ai annoncé que j’allais jouer  Marcel Dassault, cela a fait bondir car beaucoup ont pensé à Serge Dassault. On dirait que son fils a pris tous les mauvais plis du pouvoir. Il y a une petite scène dans le film, où Marcel est à table avec ses deux fils enfants. A ce moment, je regrette que le personnage ne mette pas une torgnole à son fils Serge (rires).