Le Téléthon, une chaire pour les traditionalistes

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La 20ème édition du Téléthon démarre vendredi à 18h50 sur France 2 pour 30 heures de direct orchestrées par ses deux parrains les acteurs Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte.
La 20ème édition du Téléthon démarre vendredi à 18h50 sur France 2 pour 30 heures de direct orchestrées par ses deux parrains les acteurs Gérard Jugnot et Thierry Lhermitte. — Jean-Pierre Müller AFP/Archives

Anniversaire polémique. Pour les 20 ans du Téléthon, des représentants de l'Eglise catholique ont appelé à boycotter l'opération organisée par l'Association française contre les myopathies (AFM). En cause, les 2 % de dons affectés aux recherches sur les cellules souches embryonnaires.

« Rien de nouveau à ce que l'Eglise soit contre, ni à ce que le Téléthon y recoure, note Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de La Vie. Question : pourquoi cette polémique surgit-elle maintenant ? » Pour Laurence Thiennot-Herment, présidente de l'AFM, cette initiative « s'inscrit dans une stratégie globale de l'Eglise, qui cherche à se faire entendre depuis la loi autorisant ces recherches en 2004 ». Un cadre législatif souligné lundi par Jacques Chirac, qui, comme Nicolas Sarkozy, a rappelé son soutien à l'AFM. « Pour que Chirac s'exprime, c'est qu'ils ont vraiment été trop loin, estime Fiammetta Venner, auteur d'Extrême France. Car il a été membre du comité de parrainage de la Fondation Lejeune, à l'origine de cette affaire. » Dès décembre 2005, la Fondation Jérôme-Lejeune – du nom d'un spécialiste de la trisomie 21, connu pour ses positions antiavortement – avait en effet rédigé un « éclairage éthique sur le Téléthon ». « Si les religieux se sont sentis autorisés à relayer ces positions, note Fiammetta Venner, c'est parce qu'ils se sentent soutenus par Benoît XVI. » L'historien des religions Odon Vallet confirme : « La main tendue du pape à certains traditionalistes en a poussé quelques-uns à s'exprimer publiquement. » Reste que toute l'Eglise n'est pas solidaire du mouvement. « Ce boycott est regrettable, estime Mgr Descubes, archevêque de Rouen. Même si on pourrait envisager la possibilité d'une affectation ciblée des dons. » En excluant cette éventualité, l'AFM « a donné de l'ampleur à cette affaire, estime Jean-Pierre Denis. Car les catholiques français ont adopté les méthodes de com américaines, alors que l'AFM n'a, elle, jamais été habituée à une communication de crise. D'où le vacarme. »

A. Coffin