«Paris, années Folles»: Une passionnante plongée en couleurs dans les années 1920

TELEVISION France 3 diffuse ce lundi soir en prime time un documentaire sur le Paris des années folles, entièrement constitué à partir d’archives colorisées et sonorisées. Un impératif dès qu’un documentaire vise un public large...

Annabelle Laurent
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"Paris, années folles, de Montmartre à Montparnasse", un documentaire de Fabien Bézat. Diffusion inédite sur France 3 le 2 décembre 2013. 
"Paris, années folles, de Montmartre à Montparnasse", un documentaire de Fabien Bézat. Diffusion inédite sur France 3 le 2 décembre 2013.  — Production Program 33

Jamais Paris ne fut autant une fête que dans les années 1920. Une incroyable fête, à laquelle le monde entier vint participer, dans un élan vital qui ne voulait qu’une chose: effacer quatre années d’horreur. Décadentes, excentriques, les Années Folles ne sont que dix petites années, mais ce très beau documentaire rend compte de leur exceptionnelle densité, en nous entraînant des terrasses de Montparnasse aux clubs de jazz de la butte Montmartre dans un tourbillon réjouissant. Coco Chanel, les arts déco, la coupe à la garçonne, les courses de garçons de café, Gertrude Stein et la «génération perdue», la «Rotonde» et la «Coupole», Man Ray et Kiki de Montparnasse, les «dirty french novels», les surréalistes… L’avant-garde, mais aussi l’émancipation des femmes, la libération sexuelle, le racisme ordinaire, la résistance de la France conservatrice: lu par Laurent Stocker, le récit mêle habilement les thèmes jusqu’au krach de 1929. 

A 20h45 un lundi, qui regarde un film en noir et blanc?

Et le tout, en couleurs. Mis à part les œuvres d’art et celles dont les ayant-droits ont refusé, toutes les archives ont été colorisées. Car à 20h45 –et en plus, un lundi de déprime post-week-end - qui regarde un film en noir et blanc? A la télévision, la colorisation est peu à peu devenue impérative. En confiant à demi-mot qu’il n’est pas franchement pour, le réalisateur Fabien Bézat, auteur de films historiques (Raymond Aubrac, en 2013) dit y être confronté depuis  «quatre-cinq ans». En 2009, France 2 diffusait Apocalypse, blockbuster aux plus de 100 millions de téléspectateurs qui expliquait en couleurs la montée du nazisme. Son auteur expliquait déjà à 20 Minutes que «certains intégristes du documentaire» lui reprochaient de ne pas rester au noir et blanc.

«Depuis Apocalypse, on y va à fond», reconnaît volontiers Clémence Coppey, conseillère de programmes à France 3. «C’est un débat non-stop, mais on reste ferme sur nos positions: la couleur est la façon de mettre un film à disposition d’un plus large public, et notamment des jeunes. On le met en prime-time pour toucher le plus de monde possible, donc on ne va pas s’arrêter en chemin!». La différence en termes d’audiences? «Je n’ai pas de chiffres. Mais on sait qu’elle est grande!»

A la colorisation, réalisée en Inde et aux Etats-Unis, explique Fabien Bézat, s’est ajouté un autre «travail gigantesque»: la sonorisation, puisqu’à l’origine, tous ces films sont muets, le son n’arrivant au cinéma qu’en 1927, et la composition originale de la musique. Mais le plus difficile aura été, en amont, de raconter, à partir «d’une très grande masse d’archives», dont certaines sont rares, «dix années "folles" avec en parallèle un gros socle politique, explique Fabien Bézat. Car cette décennie, ce n’est pas que les gens qui s’amusent à Montparnasse». Un défi relevé haut la main.