Endemol vs. Geneviève de Fontenay: Retour sur trois ans de guerre des Miss

Anaëlle Grondin

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Sylvie Tellier et Geneviève de Fontenay, le 28 décembre 2007.
Sylvie Tellier et Geneviève de Fontenay, le 28 décembre 2007. — V. CAPMAN/SIPA

Coup de théâtre. Alors que TF1 tient ce jeudi une conférence de presse pour présenter la prochaine élection de Miss France, qui aura lieu le 7 décembre, Endemol, propriétaire de la société Miss France, et Geneviève de Fontenay viennent d’annoncer l'arrêt des procédures judiciaires qui les opposaient depuis 2010. Retour sur trois ans de rebondissements.

31 mars 2010. Geneviève de Fontenay claque la porte du concours Miss France. Les polémiques autour de l’attitude de certaines candidates ne lui plaisent pas. Et la participation de la Miss Paris 2009 Kelly Bochenko à «La Ferme Célébrités» (produite par Endemol) est la goutte qui finit par faire déborder le vase. Pour la «dame au chapeau», c’en est trop. Endemol, également propriétaire de la marque Miss France, bafoue selon elle «l’éthique et le côté moral» du concours créé en 1954 par son mari. Défendant farouchement des valeurs qualifiées de «ringardes» par ses détracteurs, elle rompt alors avec la société de production, spécialisée dans la téléréalité, et décide de l’attaquer aux prud’hommes. Geneviève de Fontenay fait déjà part à ce moment là de son intention de créer son propre concours de Miss. La guerre est déclarée.

Avril 2010. Geneviève de Fontenay n’a plus le droit d’approcher Miss France. Endemol, propriétaire de la société Miss France depuis 2002, le lui interdit. Concrètement, elle «ne peut plus être en représentation avec Miss France, ni revendiquer la marque Miss France».

Mai 2010. «Il y aura en décembre deux élections nationales, celle d'Endemol pour les candidates qui n'ont pas de gêne et celle de celles qui ont de la dignité», annonce officiellement Geneviève de Fontenay. Elle assure à ce moment-là avoir le soutien des «trois quarts» des comités régionaux et ne pas craindre de poursuites judiciaires de la société de production, qui lui oppose une clause de non-concurrence. «J'ai beaucoup d'estime pour Geneviève de Fontenay. Mais si elle met en place une élection qui concurrence celle de Miss France, il y aura une action juridique», prévient alors Sylvie Tellier, directrice de la société Miss France et Miss France 2002.

Juin 2010. Le tribunal de commerce de Paris, saisi par Endemol, interdit à Geneviève de Fontenay d’organiser son propre de concours de Miss. Le jugement précise qu’elle doit «cesser tout acte de dénigrement» à l’encontre d’Endemol et «respecter la clause de non-concurrence». La «dame au chapeau» fait immédiatement appel.   

Juillet 2010. Endemol déchante. La cour d’appel de Paris estime «illicite» la clause de non-concurrence interdisant à Geneviève de Fontenay d’organiser son propre concours de beauté. L’ancienne patronne de Miss France peut donc lancer sa propre élection, à condition de ne pas utiliser la marque «Miss France», qui reste la propriété de la société du même nom. Endemol se pourvoit en cassation, mais le jugement final ne sera pas connu avant longtemps.

Décembre 2010. Pour la première fois, la France est représentée par deux miss: Miss France 2011, élue par les téléspectateurs de TF1, et «Miss Nationale 2011» désignée par un jury. C’est donc la première fois depuis 56 ans que Miss France est élue sans Geneviève de Fontenay. Un coup dur pour l’icône en noir et blanc des traditions. «Je n'en peux plus, je suis exténuée. Comment tout ça va finir? Mal peut-être, je n'en sais rien! Je ne sais pas ce qu'on fera en 2011. Vous savez, je me suis saignée à blanc pour financer mon élection!», confie-t-elle au Parisien.

Octobre 2011. Geneviève de Fontenay perd une nouvelle bataille dans la guerre des Miss. La cour de cassation donne raison à Endemol et le concours Miss Nationale est en danger. La justice indique que le concours de TF1 est en droit de lui ordonner de «cesser tout acte de quelque nature que ce soit en vue d'organiser une élection concurrente de l'élection Miss France 2011». L’affaire est de nouveau renvoyée devant la cour d’appel de Paris. En parallèle, une procédure d’arbitrage initiée en septembre 2010 doit encore entériner ou non la validité de la clause de non-concurrence de Madame de Fontenay.

Novembre 2011. Un tribunal arbitral interdit à Geneviève de Fontenay d'organiser son concours Miss Nationale le mois suivant. En larmes, elle dénonce le «règne de la puissance et de l’argent». «Ca va la tuer», déclare alors Xavier de Fontenay sur RTL. Mais sa mère ne baisse pas les bras. Deux semaines plus tard, Geneviève de Fontenay est contrainte de changer le nom de sa compétition, car un autre concours détenait déjà cette marque officiellement depuis 2009. Miss Nationale devient alors Miss Prestige National. Toutefois, avec ce nom ou un autre, elle reste soumise à la décision de justice qui l’empêche de faire une manifestation concurrente de celle d’Endemol. Geneviève de Fontenay trouve une parade: elle décide de se retirer de l'organisation du concours pour qu’il puisse avoir lieu.

Octobre 2012. La cour d’appel de Paris confirme la condamnation de Geneviève de Fontenay pour avoir «violé sa clause de non-concurrence» en organisant une élection concurrente à l’élection de Miss France. La «dame au chapeau» se pourvoit une nouvelle fois en cassation et assure que l’élection Miss Prestige National 2013 aura  lieu. Le concours se déroule bien deux mois plus tard. Geneviève de Fontenay, 80 ans, y assiste en «simple invitée d'honneur» et ne monte pas sur scène.

13 novembre 2013. Endemol et Geneviève de Fontenay enterrent la hache de guerre. «Il a été convenu que l'élection nationale à laquelle participerait Geneviève de Fontenay se tiendrait à partir du 7 janvier de chaque année, pour qu'il n'y ait pas de confusion entre cette élection et l'élection de Miss France, qui se tient traditionnellement en décembre», annonce un communiqué commun, qui précise: «L'élection nationale Miss France se tiendra cette année à Dijon le 7 décembre 2013 et l'élection Miss Prestige National se tiendra à Paris le 12 janvier 2014.»