La télé peine à encadrer les temps de parole

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« C'est la galère ! » Pour Jean-Michel Blier, chef du service politique de France 3, et ses collègues, ce vendredi marque le début des ennuis. Jusqu'en mai, ils devront inviter les politiques, chronomètre en main. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) veille. Le décompte minutieux du temps de parole accordé aux candidats à la présidentielle est « une exception française, précise Francis Beck, membre du CSA. Dans les autres pays, les chaînes ont beaucoup plus de latitude. Notre homologue britannique, l'Ofcom, surveille néanmoins, mais plus grossièrement, l'honnêteté et l'impartialité des diffuseurs. »

A l'heure où beaucoup de candidats s'expriment aussi sur le Net, cette loi de 1982, est-elle encore adéquate ? « C'est une vision de la communication politique absurde et archaïque, estime le sociologue Jean-Louis Missika, auteur de La Fin de la télévision. Le seul gagnant, c'est le Web, qui jouit d'une totale liberté. » Car les émissions exclusivement programmées sur la Toile échappent au contrôle du CSA. « Ces méthodes sont dépassées. Il ne faut pas supprimer cette règle mais la faire évoluer et l'élargir aux nouveaux médias », souligne le philosophe Bernard Stiegler, auteur de La Télécratie contre la démocratie. Mais pour Francis Beck, « Internet n'est pas un support de masse. Il n'est pas reçu simultanément par tout le public. Il s'autorégule par un effet d'abondance et de pluralisme car, comme dans la presse écrite, chacun peut chercher ce qu'il veut trouver. » Plus que dépassée, la « compta » des sages serait « nuisible », estime Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express et chroniqueur sur LCI. « L'équité est une bonne chose mais le principe d'égalité est idiot. Cette règle trop stricte corsette la campagne et lui fait du tort. A force de craindre les foudres du CSA, les chaînes n'osent plus rien faire. » Jean-Michel Blier confirme que « certains points sont difficiles à respecter. Evaluer le poids de petits candidats est très compliqué. Mais ces garde-fous sont indispensables à la démocratie. Même si la minutie prête parfois à sourire... »

Alice Coffin