Richard Schlesinger : «La véracité pour préoccupation»

©2006 20 minutes

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Richard Schlesinger, coscénariste américain de Djihad*.

Comment est né ce film ?

Je voulais écrire une fiction sur le conflit irakien. Avec une perspective française, puisque j'ai toujours été moi-même opposé à cette guerre. Il y a deux ans, j'étais en vacances chez mes parents, en Floride. Je suis tombé sur un article du journal local rapportant la mort de trois jeunes Français d'origine maghrébine en Irak. Ils étaient partis combattre contre l'armée américaine. J'ai tout de suite flashé.

Pourquoi ?

Il était fascinant de retracer le parcours de ces jeunes de banlieue, embrigadés par des réseaux islamistes, puis formés en Syrie avant de rejoindre l'Irak. Grâce à une enquête réalisée par Vivienne Walt, une journaliste de Time, nous disposions de témoignages de familles. Certaines ont des enfants encore là-bas en ce moment.

Comment vous êtes-vous documentés ?

Là encore, Vivienne, qui a passé deux ans à Bagdad, nous a aidés. Quelques séquences sont des adaptations de ce qu'elle a vu sur place. Par exemple, la scène où l'on voit deux GI se battre parce que l'un d'eux a tiré sur un chien, sous les yeux médusés d'une famille irakienne ! La véracité a été notre première préoccupation. C'est aussi pour cette raison que nous avons tourné dans la région.

En Israël...

Nous avions d'abord envisagé le Maroc. Mais l'architecture n'est pas la même qu'au Moyen-Orient. Nous avons eu de la chance, car le tournage s'est achevé juste avant le début de la guerre au Liban. Or nous avions besoin du matériel militaire américain, importé par Israël. Quelques jours plus tard, il n'aurait plus été disponible...

Avez-vous apporté une touche américaine ?

Peut-être un scénario plus tonique. La fiction française a tendance à être un peu sédentaire et trop plate dans sa structure de narration. Mais le mérite de ce projet revient à Canal+. Il fallait oser !

Djihad sera-t-il diffusé aux Etats-Unis ?

Les Américains n'hésitent pas à critiquer la politique du gouvernement. Ils ont programmé quantité d'oeuvres sur le Vietnam. Mais sans jamais donner la parole aux Vietnamiens. Ici, c'est une première, nous exposons le point de vue des opposants. Cela coincera peut-être.

Recueilli par Alice Coffin

* Ce soir et demain, sur Canal+, à 20 h 50.