Carlton Cuse, créateur de «Bates Motel»: «Je suis tombé amoureux des "Revenants"»

Annabelle Laurent
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Carlton Cuse, créateur de Bates Motel, le 20 juillet 2013. 
Carlton Cuse, créateur de Bates Motel, le 20 juillet 2013.  — ETHAN MILLER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Quel adolescent fut Norman Bates avant de devenir le serial killer de Psychose? Quelle mère fut pour lui Norma Bates - brillamment interprétée par Vera Fermiga – cette veuve qui voulut refaire sa vie à White Pine Bay en y rachetant le vieux motel dont Anthony Perkins était le patron dans le film d’Hitchcock? Il fallait au moins un showrunner du calibre de Carlton Cuse, père de «Lost», pour s’attaquer à une série d’une telle ambition. A l’occasion de l’arrivée de ce puissant et dérangeant thriller psychologique sur 13ème Rue, Carlton Cuse a répondu à nos questions…

«Dexter» vient de s’achever, il y a «Hannibal», et maintenant «Bates Motel». S’intéresser aux serials killers, à leur psychologie, c’est une tendance?

Cela semble être le cas mais j’essaie de ne pas trop m’occuper de ce que les autres font. Et je crois que «Bates Motel» est assez différent de «Hannibal» ou de «Dexter». Il y a plus d’humour, plus d’affect… C’est une sorte d’histoire d’amour entre une mère et son fils. Dans Psychose on l’imaginait comme cette horrible mégère qui pestait à longueur de journée. En fait, elle ne pourrait pas l’aimer davantage. Ils sont comme un couple marié. Mais elle espère en vain qu’il ne devienne pas celui qu’il va devenir, alors que c’est son propre comportement qui va l’y mener…

N’y a-t-il quand même pas un attrait pour des personnages de plus en plus extrêmes?

Le public actuel veut des personnages imprévisibles, c’est la clé. Il y a eu un temps où les héros de télé et de cinéma étaient héroïques, donc admirables, mais aussi ennuyeux. C’est beaucoup plus intéressant de suivre un personnage imparfait qui fait les mauvais choix, qui a des impulsions désastreuses et beaucoup de fissures. Pour un scénariste, c’est ce qui t’excite et te donne envie de te lever et d’écrire le matin.

Comment avez-vous voulu vous situer par rapport à «Psychose»?

C’est l’un de mes films préférés. L’un des meilleurs d’Hitchcock, selon moi. Mais j’ai fait en sorte qu’il n’y ait pas besoin de l’avoir vu, même si cela ajoute de l’épaisseur. Tu sais ce que Norman Bates va devenir, et c’est la tension classique intrinsèque à la tragédie, tu fais espérer au public qu’il n’ait pas le destin mauvais qui l’attend.  Comme dans «Titanic»!

La presse américaine a annoncé que vous alliez adapter «Les Revenants»?

C’est très probable, oui. Tout n’a pas été signé encore, mais A&E, pour laquelle je fais «Bates Motel», m’a envoyé la série et j’en suis tombé amoureux. Elle est captivante, subtile, imaginative, et a une universalité qui selon moi peut se traduire au-delà de la France. C’est du très bon storytelling.

Ce n’est pas moins stimulant d’adapter une série déjà existante?

«Bates Motel» étant une création originale, je n’ai encore jamais fait d’adaptation. Donner à la série une résonance culturelle pour les Américains m’intéresse. Mais elle ne doit pas être réinventée, elle est vraiment très bien faite.

Adapter au lieu de créer, ce n’est pas un peu dommage?

Le public américain n’est pas encore prêt à regarder une série sous-titrée. Des océans nous séparent du reste du monde alors que la France est beaucoup plus habituée à laisser les autres cultures exister de façon inaltérée. Mais regardez, «Bron» et «The Bridge» sont vraiment bonnes. Si tu fais bien ton boulot, il y a une raison de voir les deux versions.

Un article du «New York Times» a récemment souligné le succès des séries françaises auprès du public américain…

Oui, je veux voir celle sur l’occupation [«Un village français»]! C’est formidable que la France, Israël et d’autres pays deviennent exportateurs de séries plutôt qu’importateurs. Les disparités diminuent, la production devient vraiment comparable à celle des Etats-Unis.

Vous en connaissez d’autres?

Entre la saison 2 de «Bates» et «La lignée» avec Guillermo del Toro, je n’ai pas le temps alors qu’il y en a tant que je veux voir! Je viens de voir la fin de «Breaking Bad», qui est fantastique…

Cela vous a rappelé la fin de «Lost»?

«Lost» était une immense énigme et la plupart de ses mystères n’étaient pas résolvable, comme ne le sont pas non plus ceux de nos vies. Je pense que pour les gens qui acceptent les mystères de la vie, la fin était satisfaisante, et pour ceux qui veulent des réponses tangibles, elle était un peu frustrante. «Breaking Bad», c’est comme un western moderne, avec le destin d’un personnage dont il fallait raconter la fin, et ils l’ont vraiment bien fait. Mais comparer les deux, c’est comme comparer des pommes et des poires.