«Chérif», le nouveau flic «cool» de France 2

Annabelle Laurent

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Abdelhafid Metalsi est Chérif, le nouveau flic de France 2.
Abdelhafid Metalsi est Chérif, le nouveau flic de France 2. — MAKING PROD/FTV

La chaîne d’à côté n’en finit plus de les dégainer: «Jo», «No Limit», «Falco». Encouragée par le succès de «Candice Renoir», après «Caïn» et «Détectives», France 2 est bien décidée à jouer des coudes et présente ce vendredi son nouveau flic. Voici donc Kader Chérif, un capitaine à la Crim’ de Lyon qui résout les crimes avec le sourire, affronte dans un classique jeu de séduction son arrogante partenaire féminine (Carole Bianic), le tout en élevant seul sa fille de 15 ans en pleine crise identitaire. Pour cette saison 1 présentée en septembre au Festival de fiction télé de la Rochelle, huit épisodes, 11 auteurs, deux réalisateurs, et un héros que la chaîne a voulu «plus cool que la moyenne».

Cool. Chérif rêvait d’être flic, il l’est devenu, aime son métier, ses collègues. Bref, il est sympa. «Il développe beaucoup d’empathie», ajoute son interprète Abdelhafid Metalsi, vu récemment dans «Les hommes de l’ombre» et au charisme évident. «Chérif n’est ni torturé ni sombre, il est juste ravi de ce qu’il fait, insiste le créateur de la série Lionel Olenga. On ne voulait pas un flic déglingué, à l’instar d’un Olivier Marchal. La série se veut feel good, fun et divertissante.»

Sériephile. Gamin, Chérif enchaînait les séries policières, qu’il connaît par cœur. A chaque épisode est ainsi intégré une référence bien précise à «Clair de lune», «Magnum» ou autre, références qui «sont toutes vraies, bien sûr», précise Lionel Olenga, en glissant que cette idée, dont le systématisme peut sembler artificiel, «fait toujours l’objet de discussions avec la chaîne». Dans l’épisode 1, la réponse de Chérif est en tout cas plutôt habile, quand il rétorque, à  sa partenaire qui refuse de le tutoyer: «Ah, c’est comme à la télé? On se la joue nouveaux partenaires qui peuvent pas se saquer et qui couchent ensemble à la fin de la saison?»

(Trop) Classique. «Un arabe en capuche, qui entre dans un appartement en forçant une fenêtre, c’est rarement un flic qui rentre chez lui», balance à Chérif sa partenaire, qui vient de le menotter par erreur. En choisissant pour son héros un acteur d’origine maghrébine sans aborder lourdement le sujet des origines ou de la religion -l’équipe cite le personnage de «Luther» alias Idris Elba, «dont on ne sait rien»-, «Chérif» se joue des clichés. Mais c’est ceux des séries policières qu’elle ne parvient pas à éviter, en intégrant aux dialogues des phrases toutes faites -«Il y a peut-être une autre solution», lâché abruptement après trois secondes de regard dans le vide, et en quittant le commissariat précipitamment… Des codes incontournables, de l’avis du créateur: «Ces phrases, elles sont aussi  dans les séries américaines, mais en anglais, ça passe mieux, se défend Lionel Olenga. On a des contraintes de rythme et de durée, il faut synthétiser, aller à l’essentiel, on ne peut pas perdre les gens.» Dommage, car ajoutés à des enquêtes classiques et des résolutions prévisibles, certains passages en deviennent presque risibles.