Les séries télé en mode vintage

Anne Demoulin

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Keidrich Sellati, Keri Russell, Lily Taylor, Matthew Rhys dans                   «The Americans».
Keidrich Sellati, Keri Russell, Lily Taylor, Matthew Rhys dans «The Americans». — FX Networks

De nouveaux fans pour le Walkman, Ronald Reagan et Duran Duran. Après avoir exploré l’esthétique classieuse des années 1960, les séries américaines revisitent le kitsch des années 1980. Pourquoi les séries télé américaines aiment tant lorgner vers le rétro?

Les séries, fan des sixties

Il y a cinq ans apparaissait sur AMC la série «Mad Men». Les tribulations du publicitaire Don Draper dans le New York des années 1960 ont remporté un succès tant critique que public. Dans son sillage sont nées une flopée de séries se déroulant à la même période. «Magic City» a montré les coulisses de Miami après la prise de pouvoir de Fidel Castro. «Pan Am», celles de l’apogée de la célèbre compagnie aérienne. Enfin, «Playboy Club», celles des Bonny Girls de Chicago.
 
«Les années 1960 sont très télégéniques. Et les séries font des cycles comme pour la mode», explique Aurélie Blot, auteur de Héros en séries... Et si c'était nous? (Plon). «L’esthétique et les bouleversements des années 1960 confèrent à cette décennie une place particulière dans l’univers des séries», confirme Ioanis Deroide, auteur de Les séries TV - Mondes d'hier et d'aujourd'hui (Ellipse).
 

Les jours heureux de la nostalgie

Après les glorieuses sixties, place en 2013 aux eighties. «The Carrie Diaries» raconte la jeunesse de Carrie Bradshaw, l’héroïne de «Sex & the City». «The Americans» décrit le quotidien de deux espions du KGB, installés avec leurs enfants dans la banlieue de Washington sous l’ère Reagan. La sitcom «The Goldbergs» revient sur l’enfance d’Adam, aujourd’hui trentenaire, qui a grandi au sein d'une famille complètement barrée.
 
Pourquoi cet engouement soudain pour l’époque du Rubik's Cube? «Les séries reprennent les recettes d’autres programmes télévisés. Leur action est placée à l’époque de la naissance du public visé. Elles jouent sur la nostalgie», analyse François Jost, auteur de De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme? (CNRS Editions). «Comme beaucoup de sériephiles, j’ai grandi dans les années 80, et je garde un souvenir ému, quoique généralement assez flou, de la culture de cette époque», écrit Pierre Langlais dans sa critique de «The Goldbergs» sur Télérama.fr.
 

La critique de la société actuelle

Ce phénomène n’est pas nouveau. «Happy Days» a remémoré l’Amérique du temps du rock’n’roll aux téléspectateurs des années 1970, et «That 70's show», la période disco à ceux des années 1990. «Le passé est souvent idéalisé dans les séries», note Ioanis Deroide. «Dans une Amérique en crise, les années 1980 apparaissent comme plus glorieuses, surtout économiquement», considère Aurélie Blot. Un poster de Madonna ne suffit cependant pas à assurer la pérennité d’une série. «"Mad Men" ou "The Americans" sortent du lot car elles montrent les vrais enjeux et tensions d’une époque», observe Ioanis Deroide. Finalement, ces flashbacks permettent, avec la distanciation créée par le changement d’époque, aux séries de critiquer plus facilement la société actuelle.

Retour vers le futur

La sitcom «The Goldbergs», créée par Adam F. Goldberg, est diffusée depuis le 24 septembre 2013 sur le réseau ABC. «The Carrie Diaries», la préquelle de la série «Sex and the City» inspirée du livre Le Journal de Carrie publié en 2010 par Candace Bushnell, est diffusée depuis le 14 janvier 2013 sur The CW. Ces deux séries sont pour le moment toujours inédites en France. La série «The Americans», diffusée depuis le 30 janvier 2013 sur FX, est programmée en France sur Canal+ Séries.