La télé mitonne de plus en plus d’enquêtes sur nos assiettes

Anaëlle Grondin

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Extrait du documentaire «La viande in vitro, bientôt dans nos assiettes?» diffusé sur Arte le 8 octobre 2013.
Extrait du documentaire «La viande in vitro, bientôt dans nos assiettes?» diffusé sur Arte le 8 octobre 2013. — Arte

«Notre poison quotidien», «Le grand méchant lait», «Les travers du porc», «De la drogue dans nos assiettes», «Qu’avons-nous vraiment dans nos assiettes?»… Que ce soit sur Arte, France 5, France 2 ou encore M6, les enquêtes consacrées à notre alimentation ne cessent de faire recette. Avec son Doc du dimanche consacré le 15 septembre à la nourriture low-cost, la chaîne éducative de France Télévisions a par exemple battu son record historique, captivant près de 2 millions de téléspectateurs.

De quoi inciter France 5 à poursuivre avec les documentaires alimentaires. «Parmi nos prochains sujets, on va traiter des aliments sains qui nous empoisonnent en allant creuser des contre-vérités, et aussi  de la sécurité alimentaire», nous indique Caroline Behar, directrice de l’unité documentaires de la chaîne. Son objectif? «Se placer du point de vue du consommateur, assurer un état de vigilance sur les sujets sensibles», mais «il y a toujours une démarche pour apporter des alternatives positives et des solutions», insiste-t-elle.

Des sujets gastronomie et découverte à l’enquête

Un producteur travaillant pour plusieurs émissions du PAF affirme qu’il y a toujours eu des sujets sur l’alimentation de manière générale. «Mais avant on voyait surtout des sujets gastronomie et découverte alors que depuis deux ou trois ans on est passé à des sujets d’enquête sur la bouffe», assure-t-il. Si aujourd’hui les téléspectateurs en sont friands, c’est «qu’il y a une plus grande vigilance du consommateur, une prise de conscience de nos modes de vie, selon Caroline Behar. Les gens s’intéressent plus à ce qu’ils mangent et sont plus sensibles aux questions sur l’environnement».

Ils «se méfient de plus en plus», renchérit Hélène Coldefy, directrice de l’unité de programmes découverte et connaissance d’Arte France, qui se penche régulièrement sur les grands enjeux de l’alimentation comme les OGMLe monde selon Monsanto») , et la viande in vitro ce mardi soir avec un passionnant documentaire d’une heure et demie.

Les scandales alimentaires et la crise sont passés par là

Un consommateur toujours plus avisé? «C’est probablement lié aux scandales alimentaires», qui ne peuvent plus passer inaperçus en raison de «l’armada de contrôles» qui existent aujourd’hui, selon le producteur que nous avons contacté. «Là il y a eu une recrudescence d’enquêtes suite au scandale de la viande de cheval. En 2012, il y avait eu le scandale des steaks hachés contaminés à l’E. coli et aussi l’affaire des graines germées bio», rappelle-t-il.  Il ajoute qu’ «en période de crise, les gens font attention à la manière de consommer: ils veulent acheter des produits moins chers. C’est ce qui a fait le succès du documentaire sur la nourriture low-cost de France 5: ils veulent savoir si ces produits sont de qualité équivalente».

Alors que les chaînes de télé font la part belle à ce type de programmes, paradoxalement, ces enquêtes sont de plus en plus difficiles à réaliser. «Les producteurs et agriculteurs ont envie de montrer comment ils travaillent. Avec les industriels, c’est plus compliqué, mais il y en a malgré tout qui travaillent bien et qui sont fiers de ce qu’ils font, nous confie le même producteur. Les gros industriels en revanche sont aux abonnés absents. Comme la grande distribution. Il faut se lever de bonne heure pour tourner avec eux!»