«Nos années Récré A2» exhume une décennie de petit écran pour les petits

Joël Métreau

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Détail de la couverture du livre Nos années Récré A2 1978-1988, écrit par Sébastien Carletti et publié chez Flammarion.
Détail de la couverture du livre Nos années Récré A2 1978-1988, écrit par Sébastien Carletti et publié chez Flammarion. — Flammarion

C’est une affaire de génération: trentenaires et quadras sont tous hantés par leurs premiers souvenirs télévisuels. Sébastien Carletti a travaillé pendant un an et demi pour remettre de l’ordre dans les mémoires. Nos années Récré A2 (Flammarion, 25€), qui sort ce mercredi 2 octobre, raconte l’histoire des émissions de jeunesse de 1978 à 1988. «C’était une époque où la télévision n’était pas dictée par l’audience, et puis les retours des enfants et des adultes se faisaient par courrier, ça prenait du temps», explique l’auteur, aujourd’hui âgé de 38 ans. «Ce qui ne fonctionnait pas était maintenu, il y avait une grande liberté.»

Premier feuilleton interactif

Une grande liberté due à  Jacqueline Joubert – la mère d’Antoine de Caunes – qui avait institué, face à «L’Ile aux enfants » et «Les Visiteurs du mercredi» sur la première chaine (alors publique), «Récré A2» sur la deuxième. Les dessins animés occupent une belle place: le robot nippon «Goldorak», l’oiseau étrange «Wattoo Watto »… Mais pas que. «Jacqueline Joubert voulait s’adresser à tout le monde», précise Sébastien Carletti. D’où «Les mains ont la parole », un conte en langue des signes, ou encore une séquence «Les Blanc jouent et gagnent» consacré au jeu de dames. «Récré A2 » a même vu «Téléactica» premier feuilleton interactif, où les enfants sont invités à coller des formes géométriques sur l’écran, grâce à l’électricité statique du téléviseur.

Les animateurs étaient adulés

Les animateurs faisaient partie de la famille. «Jacqueline Joubert organisait elle-même les castings, elle nous choisissait par rapport à ce qu’on dégageait naturellement.  Elle a dû se reconnaître dans mon côté pétillant», se rappelle Marie Dauphin, animatrice sur  «Récré A2 », jusqu’à la fin de l’émission en 1988, et aujourd'hui chanteuse. Une liberté telle que les animateurs étaient invités à interpréter les génériques de dessin animé. Comme Alain Chaufour, celui des «Maîtres de l’univers» ou Marie Dauphin, ceux de «Bibifoc» ou de «Clémentine». Ils étaient adulés. «Pour la perception d’un enfant,  l’animateur était un peu le père Noël, avec des dessins animés et des feuilletons comme cadeaux», note Sébastien Carletti.

Le tournant de la fin des années 1980

La fin des années 1980 marque un tournant. Sur la nouvelle chaîne privée, La Cinq, que possédait Berlusconi, il n’y a plus d’animateur dans les émissions jeunesse. Marie Dauphin se rappelle: «Et puis, à Récré A2, on a commencé à parler d’audimat avec la privatisation de TF1 et le ''Club Dorothée''  en face ». L’animatrice star venait d’être débauchée par la première chaîne, et on lui reproche déjà de ne pas inclure dans son émission de séquence sur la lecture. La télévision commence à regarder l’enfant d’un œil gourmand. De simple téléspectateur, l’enfant était devenu un consommateur, et auprès des parents, un vrai prescripteur.