La très belle cote des documentaires financiers

Alice Coffin

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La crise grecque
La crise grecque — Les films de la chance

En septembre 2012, la diffusion de Goldman Sachs, la banque la plus puissante du monde offre à Arte sa plus belle audience sur une case Thema. En juin 2013, le «Cash Investigation» de France 2 sur l’Evasion Fiscale liait forte audience et une place de numéro 1 parmi les sujets commentés sur Twitter. France 3 et Arte espèrent la même chose pour La crise grecque, une faillite européenne, à l’écran vendredi à 23h05, ou Jeux du pouvoir s mardi à 20h50. Depuis un un an les documentaires sur la sphère financière se multiplient et plaisent au public. Pourquoi ?

Pendant longtemps, les chaînes avaient peur de ces documentaires

«Cette forte demande en films économique et financiers est assez neuve, note Olivier Toscer, auteur de La Crise grecque, une faillite européenne. Pendant longtemps les chaînes et les réalisateurs avaient des grosses réticences à aborder ce sujet. Le message était que ce n’était pas une matière aisée à mettre en images. Le tournant cela a été Inside Job».

Inside Job, le film déclic

Jean-Pierre Canet, co-rédacteur en chef de «Cash Investigation» cite aussi en exemple ce film américain sur la crise économique, oscar du meilleur documentaire en 2011. «Inside Job a montré que c’était possible de faire des films qui expliquent cette crise. A partir de là il y a eu une espèce de session de rattrapage. On s’est dit qu’on avait peut-être pas assez bossé sur ces sujets pendant toutes ces années, qu’il était temps d’enquêter. Bien sûr qu’il aurait fallu faire tout cela avant la crise, avant 2008 mais mieux vaut tard que jamais et puis ce qui est lancé désormais est de grande qualité.»

C’est le point commun des personnes interrogées pour cet article. Toutes vantent la qualité du travail des autres. Une qualité manifestement reconnue par le public. Car cette vague de documentaires économiques est particulièrement appréciée du public.

Depuis la crise, la finance n’est plus réservée aux spécialistes

«Le côté session de rattrapage vaut pour les journalistes mais aussi pour le public, estime Jean-Pierre Canet. Alex  Szalat – directeur adjoint de l’Unité Société et Culture d’Arte France (la  chaîne va diffuser de nombreux documentaires sur la sphère financière dans les mois à venir) estime qu’ «il y a eu déplacement. L’économie était un domaine réservé aux spécialistes. La crise a tout changé. Les gens sont devenus très curieux». Valentine Oberti, une des journalistes qui a notamment mené l’enquête pour le Cash Investigation consacré à l’évasion fiscale confirme : « comme on dit : «c’est un sujet très concernant. Il faut noter d’ailleurs qu’avant la télévision, c’est l’édition qui s’est emparé du sujet. Là aussi avec succès.»

Un succès d’audience et d’influence

Un succès d’audience et d’influence. Le soir de la diffusion de Cash Investigation fait beaucoup parler. Sur les réseaux sociaux, et ailleurs. «J’ai des racines savoyardes et mes vieux copains m’ont parlé de ce prime, note Jean-Pierre Canet».  Est-ce la qualité des documentaires visibles depuis quelques mois ? Est-ce le sujet ? «Je ne nierai pas qu’on a fait un boulot de dingues et j’espère de qualité, note Valentine Oberti. Mais c’est vrai aussi que le sujet a son importance. Lorsqu’on pointe la responsabilité de certaines puissances qui font leur business dans leur coin, les gros manques des instances politiques, des instances régulatrices qui ont pieds et poings liés, cela touche les gens».  Et cela a le mérite, aussi, de montrer l’utilité du travail journalistique.