Fiction française: Et si la crise était derrière nous?

TELEVISION A l’ occasion du Festival de Fiction TV La Rochelle, le cabinet d’analyses NPA Conseil a présenté ce samedi les résultats d’une étude axée sur les avancées encourageantes de la fiction française...

Annabelle Laurent

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Depuis six saisons de "Fais pas ci, Fais pas ça", Valérie Bonneton interprète Fabienne Lepic, mère de famille aussi fantaisiste que coincée.
Depuis six saisons de "Fais pas ci, Fais pas ça", Valérie Bonneton interprète Fabienne Lepic, mère de famille aussi fantaisiste que coincée. —

La fiction française est de plus en plus écrasée par les séries américaines, les financements sont toujours à la baisse, l’audience s’érode. C’est une façon de voir les choses. Comme Aurélie Filippetti venue jeudi matin motiver les troupes en se réjouissant «des prémices d’un renouveau de la fiction audiovisuelle française», NPA Conseil a préféré cette année voir le verre à moitié plein. Estelle Boutière présentait ce samedi les résultats d’une étude intitulée «Fiction française: Quels moteurs de renouvellement?» et focalisée sur les raisons de se réjouir.

La fiction explose en access...

D’abord, si l’offre de fiction baisse en prime-time (-12% de 2008 à 2012), elle a fortement augmenté en access, c’est à dire entre 18h et 20h30, sur les chaînes historiques (TF1, M6, France 2, France 3, Arte). «Entre 2008 et 2012, l’augmentation est de 6% en volume», remarque Estelle Boutière. Grâce bien sûr à «Plus belle la vie», dont 26 minutes sont diffusées chaque jour à 20h15 sur France 3, mais aussi à «une explosion, à hauteur de 130%, du format de moins de 13 minutes». «Pep’s» (TF1) et «Y a pas d’âge» (France 2) en sont la démonstration pour cette rentrée.

... en séries de 52 minutes

Ensuite, depuis le «tournant» de 2012, analysé par NPA  l'année dernière à la même occasion, «le format des séries de 52 minutes s’installe durablement», note Estelle Boutière, qui cite un rapport de 60% de séries contre 40% d’unitaires (comprenez, hors jargon télévisuel: téléfilms) en 2012. NPA note la présence de «marques» comme «Un village français» (France 3), «Profilage» (TF1) ou «Fais pas ci, Fais pas ça» sur France 2, mais aussi le succès de nouvelles séries lancées l’an dernier, comme «Falco» (TF1), «Candice Renoir» sur France 2 ou «Ainsi soient-ils» sur Arte, dont les saisons 2 arrivent déjà, donc bien plus vite qu’auparavant.

... séduit les jeunes

Du côté de l’audience: bien sûr, celle des chaînes historiques est en déclin sur la fiction, comme elle l’est dans tous les domaines car concurrencée par la montée de la TNT. Mais NPA pointe également des points positifs: le renouvellement du public, avec des séries comme «No Limit», «Scènes de Ménages» ou «Fais pas ci, Fais pas ça» ayant su attirer les 15-34 ans, mais aussi un fort appétit pour la catch-up, la télévision de rattrapage, pour laquelle la fiction (française et étrangère) est le genre le plus consommé (30%).

... et à l'international

Enfin, oui, le financement est en baisse, et oui, les chaînes sont impactées par une baisse des investissements publicitaires, qui s’élève à -4% de 2007 à 2012 selon NPA. Les chiffres du CNC ont par ailleurs révélé une baisse de 10% de la somme investie dans la fiction française de 2008 à 2012. Mais là encore, NPA souligne «l’arrivée de nouveaux entrants»: les acteurs de la TNT, qui se lancent  dans la fiction (HD1 avec «Ma Meuf», W9 avec «Soda»…). Des investissements pas énormes – 8 millions d’euros pour toutes les chaînes en 2012 – mais «c’est l’ouverture de nouveaux guichets pour les producteurs», note NPA. Si l’on rajoute à cela la nette progression (+14%) des exportations des séries françaises entre 2011 et 2012 qu’a mis en évidence une étude publiée cette semaine par le CNC et TV France International, ainsi que l’ouverture au marché de la coproduction internationale («Crossing Lines», «Tunnel», etc…), il y a bien là de quoi voir, selon Estelle Boutière, «des signes de renouvellement qui laissent présager une continuité positive pour la fictions française».