France 2 enquête dans le milieu très fermé du foot business

Alice Coffin
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Cash Investigation sur le Foot Business
Cash Investigation sur le Foot Business — roduction

Dans les médias, le foot est partout. En ouverture des flashs infos, au long des prime times, une, deux, trois, quatre fois par semaine. Le football ne craint pas les caméras. Sauf lorsque des journalistes décident de poser des questions sur en vrac, les 400 milliards d’euros annuels générés par ce sport, le rôle occulte ou illégal des agents, la mainmise des fonds d’investissement sur les joueurs, la marchandisation des footballeurs dès leur plus jeune âge. «Foot business: enquête sur une omerta» est le sujet du nouveau «Cash Investigation», diffusé mercredi à 22h15 sur Arte. 20 Minutes a demandé à Elise Lucet, présentatrice et rédactrice en chef du magazine, et Martin Boudot, auteur de l’enquête, d'expliquer pourquoi il était si compliqué d’enquêter sur le foot.

Les journalistes sportifs font-ils leur boulot?

Première question: est-ce que ce ne serait pas le boulot des journalistes sportifs d’enquêter sur ces sujets? «Ils ne disposent pas d’assez de temps pour le faire, estime Elise Lucet. Cette enquête a pris dix mois. Avant d’avoir des rendez-vous avec Noël le Graët, président de la Fédération ou des dirigeants de la FIFA on a beaucoup relancé.» Fair-play avec les collègues.

Comme Martin Boudot: «Je ne leur jette pas la pierre. Dès qu’ils essaient un peu de gratter, ils ne sont plus invités aux conférences de presse, n’ont plus accès aux joueurs, ne peuvent plus faire d’interviews ce qui est leur gagne-pain. Le foot est à la fois leur objet d’information et d’enquête, un peu comme les journalistes politiques en fait». Du coup c’est presque plus simple pour des journalistes qui ne connaissent rien au foot.

Tabou et omerta sur l’argent du foot

Presque. Car «ce n’est pas un hasard si on a mis "omerta" dans le titre», précise Lucet. C’est un milieu très fermé. Il y a un tabou total sur l’argent. Les gens nous disaient "mais vous êtes dingues!" et raccrochaient». Pas de quoi décourager «Cash Investigation», ce qui donne des séquences où les journalistes coursent littéralement leurs interlocuteurs, ou passent au film muet en noir et blanc pour illustrer le règne du silence. «Les réflexes d’investigation sont mis à mal avec le milieu du foot, explique Boudot. Dans d’autres secteurs, on peut se référer à des rapports d’inspection, des syndicats, des opposants politiques. Là, tout est lié, tout se tient». Comme l’illustre une séquence où le journaliste tente de rencontrer la Direction nationale du contrôle de gestion, avant de réaliser qu’elle dépend de la ligue, qui elle-même dépend des clubs de foot.

Autre complication, «tous les contrats se font de gré à gré, le poids de l’oral m’a beaucoup surpris, souligne  Martin Boudot. Ce qui rend aussi les choses mystérieuses».

Communication zéro. 

Enfin, «contrairement à d’autres secteurs où on nous répond de manière très offensive, là ce qui est curieux c’est que non seulement on ne parle pas mais qu'en plus on  ne sait même pas communiquer correctement. Ils auraient intérêt à revoir beaucoup de choses», explique Boudot citant en exemple le président de la Ligue qui n’a jamais souhaité répondre à ses questions. Certes, «Cash Investigation» a ses techniques et réussit ainsi malgré ses refus à poser une question à Michel Platini, le patron de l’UEFA, sur le pouvoir des fonds d’investissement dans le foot. «Platini, lui, répond, témoigne Boudot. Mais c’est justement pour dire qu’en gros il n’arrive pas à mettre en place de contrôle. En fait ce qu'il nous dit c'est:"c’est le jeu ma pauvre Lucette…"» De tous ces interlocuteurs qui fuient les questions, mentent aux journalistes de «Cash Investigation», Platini plus habitué aux coups francs est encore celui qui parle le plus sincèrement. Pour dire, en gros, que l’emprise des puissances financières sur le foot est plus forte que jamais.