Les politiques américains rendent spot pour spot

©2006 20 minutes

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Toujours plus fort, toujours plus vite. Alors que les Américains désignent aujourd'hui un nouveau Congrès et 36 des 50 gouverneurs du pays, la campagne électorale continue de faire rage sur les écrans de télé. Depuis trois mois, les partis achètent frénétiquement des minutes de publicité, non pas pour exposer leur programme, mais pour démolir le camp adverse. Si la méthode n'est pas neuve, les attaques, portées en dessous de la ceinture, se sont enchaînées cette année avec une rapidité inédite.

Dans cette guerre télévisée, l'Etat du Tennessee donne le « la ». Fin octobre, le républicain Bob Corker a produit un spot accusant le candidat démocrate, Harold Ford, de lubricité, pour avoir participé à une soirée du magazine Playboy. Le lendemain, Ford se faisait filmer sur les bancs d'une église. Pire : Ron Kind, candidat à sa propre succession à la Chambre des représentants, est taxé par ses adversaires républicains d'«utiliser notre argent pour faire regarder des pornos à nos enfants, avec des sondes reliées à leur appareil génital ». « Le parti de Bush multiplie les tacles pour éviter de débattre de son bilan et l'opposition rend coup pour coup, estime Nicole Bacharan, politologue. Elle a tiré les leçons de la défaite de Kerry à la présidentielle 2004. » Accusé par des vétérans d'avoir manqué de courage au Vietnam, Kerry avait tardé à réagir. Erreur fatale. Cette année, le chef de file des démocrates, Charles Schumer, a prévenu : le parti ne subventionnera plus ceux qui ne répliquent pas dans les 24 heures aux torpilles républicaines. « Les politiques américains appliquent les règles de la pub commerciale, analyse l'historien André Kaspi, spécialiste des Etats-Unis. Tout est fondé sur la comparaison avec l'adversaire. » Sur tous les terrains, même les plus scabreux. « Ces pubs fonctionnent comme un chiffon rouge balancé au nez du citoyen, pour le décider à voter, note Françoise Boursin, professeur en communication politique à la Sorbonne. Car, l'abstentionnisme pourrait atteindre les 80 %. » Un « chiffon rouge » hors de prix. Selon les estimations, 250 millions de dollars auraient été consacré cette année aux campagne télévisée. Un record.

C. B.