France 4 est-elle déprimée?

TELEVISION La chaîne présentait ce jeudi sa grille de rentrée et donnait l'ébauche de sa nouvelle formule prévue pour janvier 2014. Avec un enthousiasme mesuré...

Annabelle Laurent

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La saison 3 d'Hero Corp sera diffusée en septembre 2013 sur France 4. 
La saison 3 d'Hero Corp sera diffusée en septembre 2013 sur France 4.  — France 4

«C’est une vraie prise de risque, mais elle est assumée». Alors qu’il ébauchait ce jeudi la nouvelle formule de France 4, qui s’installera «de façon progressive à partir de janvier prochain», Bruno Patino n’a cessé de répéter qu’il y avait là un «risque»,  «un pari», qu’il faudrait «tâtonner».

Un «laboratoire» sans moyens

«On va essayer de prendre le risque d’inventer une télé un peu nouvelle», glisse encore le directeur des programmes de France Télévisions. Prudence, mesure. D’autant qu’il faudra se serrer la ceinture, avec un budget déjà très raisonnable: «La nouvelle formule se pensera bien sûr au niveau du coût de grille actuel, 40,2 millions d’euros, et même un peu à la baisse». 

Le visage du France 4 de demain? Ce sera «toujours une chaîne pour le jeune public, les jeunes adultes et ceux qui veulent rester jeunes», et bien «une et une seule chaîne», a insisté Bruno Patino. «Mais sa démarche sera davantage portée vers l’innovation», avec «une démarche de laboratoire assumée», rôle «qu’elle pourra jouer pour l’ensemble du groupe».

De l’information pour la nouvelle formule

Les détails seront pour octobre. Bruno Patino s’est donc contenté d’énoncer trois axes: la fiction, l’information («j’ai bien dit information», insiste-t-il) et l’animation («et pas que pour les petits»). En attendant, place à la rentrée de France 4, que présentait Sandrine Roustan, directrice des programmes depuis juin 2012.

Pourrait-elle, comme le disent les rumeurs, être bientôt écartée? La réponse de Bruno Patino à cette première question d’un journaliste jette un froid. «On verra en janvier», dit-il en substance. Pas de démenti clair, donc. Pas facile d’enchaîner après une telle réponse… Sandrine Roustan masque le malaise par l’ironie en se présentant comme «l’actuelle» directrice des programmes, et décline la grille.

«On est France 4, mais on est la 14!»

«Viens dîner dans ma cité» (avec Ali Rebeihi) et «Master Classe» continuent, et seront d'ailleurs «des piliers en janvier». La saison 3 d’Hero Corp, écrite par Simon Astier, sera «le grand rendez-vous de la rentrée» avec 36 épisodes de 7 minutes offerts en quotidienne. L'offre jeunesse est élargie, avec une case quotidienne d'animation autour de midi. «Doctor Who», qui fête ses 50 ans sera mis à l'honneur, avec une rediffusion des six premières saisons. De nouvelles émissions sont prévues, dont «On n’est pas des pigeons», par Claire Barsacq.

Elodie Frégé et Passi arrivent en chroniqueurs dans «Monte le son!». La musique, le spectacle vivant (710 heures y ont été consacrées cette saison), les rendez-vous cinéma, le sport («avec du sport féminin auquel je tiens beaucoup») gardent une place importante. La chaîne développe quatre séries, dont elle a commandé les quatre pilotes: «Gagnant/Gagnant» et «Jet Lag» (26 minutes), ainsi que «Dédale» et «Louve» (52 minutes). Une ou plusieurs pourraient débarquer sur la grille en 2014. 

Après la prudence de Bruno Patino, place ensuite aux réponses sur la défensive. C’est peu dire. «Ce que les journalistes oublient, c’est qu’on est France 4, mais on est la 14! Entre LCP et BFM TV.  Donc il faut vraiment avoir du contenu très alléchant pour que le téléspectateur s’y arrête». Ou encore: «La performance, ce n'est pas notre credo. L’audience ne peut pas nous guider. Sinon se met à faire "Enquête d’urgence" et "Enquête de flicaille" comme les autres».

«On n’a pas beaucoup de sous»

Quel bilan tirer de l’arrêt de «Faut pas rater ça», le talk-show de Florian Gazan lancé avec enthousiasme en novembre et supprimé en mars? «C’est vrai que le titre était un peu ambitieux», ironise Sandrine Roustan, vraisemblablement décidée à ne rien cacher: «On a voulu être précurseur et montrer les contenus du web à la télé, mais on s’est rendu compte que ça ne marchait pas. Les habitudes sont différentes et la qualité des images du web donnait un rendu cheap».

Et la directrice des programmes de rappeler «On n’a pas beaucoup de sou, vous savez» avant d’énumérer les coûts de grille des autres. W9: 80 millions d’euros. NRJ 12: 60 millions. D8: 120 millions. «Avec 10 ou 15 millions de plus, je m’amuserai bien!», lance-t-elle. «On a tous beaucoup d’ambition à France 4. Mais avec le budget qu’on a, ce qu’on propose, c’est déjà pas mal». Le message est clair.