Anne Brochet: «On est tous bizuté quand on a un nom d’animal»

INTERVIEW L'actrice de 46 ans a réalisé «Brochet comme le poisson», un docu-fiction diffusé ce jeudi soir à 23h05 sur Arte et dans lequel elle se met en scène. Elle y évoque de manière poétique et décalée les patronymes animaliers...

Anaëlle Grondin

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Poursuivie par des visions de brochet, l'actrice Anne Brochet va à la rencontre de ses pairs, affligés de nom d'animaux, dans le docu-fiction «Brochet comme le poisson».
Poursuivie par des visions de brochet, l'actrice Anne Brochet va à la rencontre de ses pairs, affligés de nom d'animaux, dans le docu-fiction «Brochet comme le poisson». — Quark

Pour Anne Brochet, difficile d’être affiliée par son nom à un poisson patibulaire. Pour soigner son complexe, l’actrice a trouvé deux solutions: interroger des spécialistes (linguiste, rabbin, orthophoniste) et rencontrer, dans le cadre d’un documentaire un peu barjo, Joël Pigeon ou encore Mickael Lerenard, ses «concitoyens du pays des gens portant des noms d'animaux». Entretien.

C’est si dur que cela de s’appeler Brochet? Il y a pire, non?

Il y en a qui disent: «Je n’aime pas mon nez, mon menton, mes dents… ». On leur répond toujours:  «Il y a bien pire que toi». Bien sûr qu’il y a pire. Aujourd’hui, ça me fait sourire. Mais ça m’amuse de m’interpréter moi-même dans ce film en traînant comme ça une ingratitude.

Pourquoi ce «documentaire»?

J’avais envie depuis longtemps de faire un film sur les gens au patronyme ingrat. Et j’avais aussi envie de faire quelque chose autour de la question animale. J’ai trouvé que faire un film sur les gens au patronyme animalier réunissait mes deux envies. Il y a une certaine mélancolie, mais je fais participer des personnages qui me semblent féériques et inattendus comme le pêcheur de brochet ou un rabbin qui va me dire si je suis casher ou non. 

Qu’est-ce que vous voulez montrer à travers ce film?

J’ai eu envie de partager quelque chose avec qui a envie, sur ce que ça fait que d’être un humain qui porte le nom d’un animal. Comment ils le vivent? Ca pose la question de l’identité. Quelle étrange chose de passer par une nomination animale quand on est un homme!

Vous dites que vous rêviez d’un autre nom en énumérant Fanny Ardant, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve… Pourquoi n’avez-vous pas pris un nom de scène?

Je n’ai pas trouvé. Ma carrière s’est faite beaucoup plus rapidement que ma propre volonté. Les brochets sont des poissons très fainéants, et moi j’étais très paresseuse. Je voulais un nouveau nom mais je ne savais pas lequel. Je savais qu’un jour je ferais quelque chose autour de ce nom. Il m’a toujours intriguée, je me suis toujours demandée pourquoi j’avais ce nom là.

Vous avez été «bizutée» à cause de votre nom?

Oui, on est tous bizuté quand on a un nom animal. L’univers enfantin est le plus cruel. Il y a un rapport immédiat avec l’imaginaire. Un enfant qui se pointe avec un nom d’animal, il ne peut pas être autre chose qu’un animal. Ca marque.

On fait encore référence à l’animal aujourd’hui quand on vous rencontre pour la première fois?

On me fait toujours la remarque sur mon nom, oui. On me demande régulièrement si c’est comme l’animal. Les gens sont toujours stupéfaits.