Faits divers à l'écran,retour à la case procès

©2006 20 minutes

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Fictions judiciaires judiciarisées. Difficile d'échapper au tribunal, lorsqu'on s'attaque aux faits divers. L'Affaire Villemin n'a pas dérogé à cette règle. Cette série diffusée samedi, dimanche et lundi à 20 h 55 par France 3, revient sur le meurtre non élucidé du petit Grégory en 1984. Si les époux Villemin ne se sont pas opposés au projet, la veuve de Bernard Laroche, tué en 1985 par le père de Grégory, a tenté devant la justice d'obtenir une copie du film avant son passage à l'antenne. Un droit qui avait été accordé à Francis Heaulme, héros malgré lui de Dans la tête du tueur, en mars 2005 sur la Une. Il a été refusé aux Laroche, le 3 octobre, par le tribunal de grande instance de Nancy au nom de « la liberté d'expression ». « C'est ce principe qui doit prévaloir, comme celui du droit à l'information ou à la création », souligne Nathalie Faussat, l'avocate de France 3.

« Les choses se compliquent quand les auteurs des faits ne sont pas identifiés ou que leur culpabilité est contestée, détaille un de ses collègues. Consacrer un film à certains protagonistes du dossier est alors perçu comme attentatoire à d'autres personnalités liées à l'affaire. » Un problème que Jean Nainchrick, producteur d'Une mère pour TF1, connaît bien. « Notre sujet, c'est la condamnation à mort sujette à caution, en 1976, de Christian Ranucci pour le meurtre de la Marie-Dolorès Rambla, précise-t-il. La famille Rambla y voit, à tort, une atteinte personnelle. » Elle avait, en janvier, obtenu l'autorisation de visionner le film avant sa programmation. Une décision infirmée mardi, en appel, par le TGI d'Aix-en-Provence. « Il est inadmissible qu'on fasse fi de la douleur de mes clients », plaide Henri Juramy, l'avocat des Rambla. Cette charge émotionnelle « rend la télédiffusion de ces oeuvres très compliquée, explique Joëy Faré, productrice de Rainbow Warrior et de L'Affaire Elf pour Canal+. On a beau prendre toutes les précautions, ne s'appuyer que sur les faits avérés, les procès-verbaux, ou les comptes rendus d'audience, certains protagonistes encore vivants trouvent insupportable de voir un pan de leur vie exposé devant 5 millions de personnes. »

Alice Coffin