H5N1 : le gouvernement (ré)éduque la télévision

©2006 20 minutes

— 

Jens Koehler AFP/DDP

La communication de crise a ses raisons, que l'indépendance journalistique ignore. Ce 20 octobre, un groupe de travail baptisé « Médias et pandémie Aviaire » s'est réuni pour la première fois, à l'initiative du ministère de la Santé. Dirigeants de l'audiovisuel et représentants des autorités sanitaires tentent d'anticiper leur posture respective en cas d'alerte rouge au virus H5N1, un seuil jamais atteint à ce jour.

Inédit, ce partenariat invite les télés à ne pas verser dans le catastrophisme, déjà observé en février dernier. Les pouvoirs publics, cafouillant dans leur gestion médiatique de la crise, cherchent eux aussi à s'amender. Aux uns d'égrener les questions éventuellement piégeuses de leurs reporters, aux autres de cogiter sur les réponses institutionnellement correctes à y apporter. Habituel aux Etats-Unis, ce contrôle de l'info fait ici débat. « A chaque crise de santé publique, les gouvernements, de droite comme de gauche, veulent nous cadrer un maximum, estime Marc Dana, journaliste chargé des dossiers « épidémies » à France 3. La grippe aviaire est une bombe sanitaire, mais aussi électorale et économique. » Et l'intention de l'Etat est qu'elle n'explose pas. Au nouveau groupe de travail de s'y employer. D'ici quelques semaines, un vade-mecum listant questions potentielles des journalistes et réponses savamment calibrées des institutions sera distribué dans les rédactions. Lesquelles sont, depuis un an, régulièrement informées par les autorités des évolutions mondiales de la grippe du poulet. « Qu'on nous propose un socle de connaissances est très utile, ça nous évitera la panique le moment venu, estime Sophie Guillaumin, journaliste chargée des questions de santé à France 3. Mais nous resterons toujours libres d'interviewer qui on veut et de garder un esprit critique sur ce que le gouvernement nous livre. » Et le ministère de la Santé de répliquer, « nous voulons juste éduquer les médias aux aspects techniques du dossier. Il ne s'agit pas de verrouiller l'info, mais de donner aux reporters les outils pour ne pas dire n'importe quoi. » Un point de vue partagé par le CSA, qui supervise ce dispositif.

Christel Brigaudeau