Jacques Chirac a dénoncé "une panique injustifiée" et une "psychose" face à un risque de grippe aviaire pour les consommateurs et a lui-même donné l'exemple en mangeant à plusieurs reprises de la volaille de Bresse, inaugurant samedi le Salon de l'Agriculture à Paris.
Jacques Chirac a dénoncé "une panique injustifiée" et une "psychose" face à un risque de grippe aviaire pour les consommateurs et a lui-même donné l'exemple en mangeant à plusieurs reprises de la volaille de Bresse, inaugurant samedi le Salon de l'Agriculture à Paris. — Olivier Laban-Mattei AFP

Télévision

«Assassiner Chirac aurait été trop facile»

Interview de Patrick Rotman, historien et réalisateur de "Chirac", documentaire diffusé ce soir sur France 2

Interview de Patrick Rotman, historien et réalisateur de "Chirac", documentaire diffusé ce soir sur France 2.

Comment qualifieriez-vous votre travail ?

Ce n'est pas un portrait à charge. Assassiner Chirac aurait été trop facile et peu intéressant. J'ai fait oeuvre d'historien. Certains trouvent, du reste, qu'avoir autant creusé son personnage le rend sympathique. D'autres estiment que le film est impartial mais impitoyable.

Pourquoi aucune chaîne n'a-t-elle jamais diffusé le portrait d'un président en exercice ?

Parce qu'il y a quelques années, c'était inimaginable ! J'ai bien réalisé un docu pour France 3 sur Mitterrand, mais après sa mort. La télé publique a gagné en autonomie par rapport au pouvoir. Lorsque j'ai proposé, il y a trois ans, ce projet à France Télévisions, ce n'était pas l'enthousiasme, mais il a été accepté. Ensuite, j'ai eu une entière liberté.

L'Elysée n'a pas cherché à intervenir ?

Je n'ai subi aucune pression. Ce qui ne signifie pas que les politiques aient renoncé à toute ingérence. Mais ils se préoccupent surtout des infos diffusées dans les JT. De toute façon, il aurait été vain d'essayer de me freiner.

Avez-vous contacté Jacques Chirac ?

Je l'ai sollicité très respectueusement. Le secrétaire général de l'Elysée m'a répondu qu'il n'était ni dans le rôle ni dans la nature du Président de livrer des propos personnels pendant son mandat.

Vous avez, du coup, pioché dans des centaines d'heures d'archives. Que pensez-vous des apparitions télévisées de Chirac ?

Dans les années 1970, il a une présence d'acteur ! Il crève l'écran. Mais à mesure qu'il accède à des fonctions officielles, il développe son côté manche à balai. Depuis son élection en 1995, son image est verrouillée et ces plans formidables où il s'ébroue parmi les foules n'existent plus.

A-t-il été difficile de convaincre Barre, Pasqua ou Sarkozy de témoigner ?

Nous avons approché une cinquantaine d'interlocuteurs. Juppé, Giscard et Balladur ont refusé. Les autres ont livré des éclairages très francs. On sent qu'ex-alliés ou adversaires, même lorsqu'ils expliquent à quel point Chirac les a déçus, ils le trouvent finalement sympa.

Que pensez-vous de la très médiatique couverture de la campagne actuelle ?

Mon documentaire peut aider les téléspectateurs à prendre de la distance. Les séquences sur l'emballement autour de Balladur que l'on voyait, à la fin 1994, élu président dès le premier tour donnent à réfléchir sur cette spirale !

Recueilli par Alice Coffin