Les participants à «L'île de la tentation» ne sont pas des artistes-interprètes

TELEVISION Une cinquantaine de candidats revendiquaient ce statut. La Cour de cassation a tranché ce mercredi et les a déboutés...

Anaëlle Grondin

— 

Deux  anciens participants à l'émission de téléréalité de TF1 «L'Ile de la Tentation» réclamaient la reconnaissance du statut de salariés au tribunal des prud'hommes le 2 décembre 2008 à Boulogne-Billancourt.
Deux  anciens participants à l'émission de téléréalité de TF1 «L'Ile de la Tentation» réclamaient la reconnaissance du statut de salariés au tribunal des prud'hommes le 2 décembre 2008 à Boulogne-Billancourt. — JACQUES DEMARTHON / ARCHIVES / AFP

Les anciens candidats de «L’île de la tentation» doivent déchanter ce mercredi après-midi. Après avoir obtenu la requalification de leur participation à la téléréalité en contrat de travail, une cinquantaine d’entre eux revendiquaient le statut d’«auteur-interprète». Leur avocat, Me Patrice Spinosi, soutenait que cette «comédie du réel» constituait une «oeuvre de l'esprit», car «les participants n'apparaissaient nullement dans la réalité de leur quotidien» et étaient «sélectionnés par la production pour se conformer au rôle qu'on attendait d'eux». Un point de vue partagé par la sémiologue et analyste des médias, Virginie Spies: «C’est du récit. On demande aux candidats de jouer un rôle. Même s’il n’y a pas de texte précis, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de récit!» 

«Aucun rôle à jouer ni aucun texte à dire»

Mais la Cour de cassation, qui devait trancher cette question, ne l’a pas entendu de cette oreille. Elle a estimé ce mercredi que les participants au divertissement de TF1 n’étaient pas des artistes-interprètes et que cette téléréalité ne pouvait pas être considérée comme une œuvre de fiction. La plus haute juridiction judiciaire insiste sur le fait que les candidats n’avaient «aucun rôle à jouer ni aucun texte à dire» et qu’il «ne leur était demandé que d'être eux-mêmes et d'exprimer leurs réactions face aux situations auxquelles ils étaient confrontés». Elle a par ailleurs estimé qu’une personne «qui accepte librement de se laisser filmer et d’exprimer ses sentiments lors de la participation à des activités de divertissement» ne fournissait aucun travail. La Cour de cassation souligne par ailleurs dans son arrêt que «le caractère artificiel des situations filmées et leur enchaînement ne suffisaient pas à conférer [aux candidats de «L’île de la tentation»] la qualité d’acteurs».

Saisie par 56 anciens participants à «L’île de la tentation», la cour d'appel de Versailles avait fait condamner TF1 pour violation du droit du travail le 5 avril 2011. Il avait été décidé que la chaîne s’acquitterait de sommes comprises, selon les parties, entre 15.000 et 17.000 euros pour chaque candidat. En revanche, la cour d’appel avait refusé de leur reconnaître le statut d'artiste-interprète. Cinquante-trois de ces anciens participants à l’émission avaient alors poursuivi leur bataille judiciaire en portant l'affaire devant la Cour de cassation, appelée pour la première fois à trancher sur cette question.