Charles Enderlin : «C'est une guerre de la perception»

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Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 à Jérusalem.

Informer sur le conflit israélo-palestinien sans être manipulé, c'est possible ?

Il ne faut pas être crédule car chaque camp veut persuader l'opinion que le méchant est en face. C'est ce qu'on appelle « la guerre de la perception ». Ainsi, Les années de sang, qui commence au début de la deuxième Intifada, révèle comment Israël a voulu faire passer Yasser Arafat pour responsable du soulèvement palestinien. L'interview d'Avi Ditcher, ancien patron de la sécurité intérieure israélienne, atteste que cette version était fausse.

A-t-il été compliqué d'obtenir des entretiens avec le Hamas ?

Non, ses chefs répondent toujours aux questions des journalistes. Ils n'ont rien à voir avec des talibans tueurs de reporters.

Et avec les responsables israéliens ?

Avec France 2, nous n'avons jamais eu de problème. Mais des domaines précis, comme le nucléaire, ne peuvent pas être abordés. La BBC n'a pas pu entrer en Israël pendant des mois, parce qu'elle avait diffusé l'interview d'un technicien qui divulguait des infos sur ce sujet. Ceci dit, le discours des médias israéliens a évolué. Il est devenu moins patriotique. Aujourd'hui, les rédactions locales envoient des reporters dans les Territoires palestiniens. Et mon film sera diffusé par la chaîne Aroutz 2.

Après vingt-cinq ans de reportages sur ces violences, comment ne pas être démoralisé ?

J'en ai vu, des correspondants qui repartaient. Pour se préserver, il faut se concentrer sur le travail de rapporteur d'info et composer avec une certaine banalisation du conflit. Lorsque vous avez proposé trois sujets sur le manque de médicaments à Gaza, votre rédaction refuse le quatrième.

En 2000, un de vos sujets racontait la mort du petit Mohamed sous des tirs israéliens. Avec France 2, vous attaquez pour diffamation « Media Ratings », agence d'évaluation des médias, qui prétend que ce reportage était mis en scène.

Je ne sais pas qui sont ces gens ni pourquoi ils m'en veulent. Mes sujets ne plaisent pas, mais les autorités israéliennes ne m'ont jamais rien reproché. La justice rendra son verdict le 19 octobre dans cette affaire franco-française.

Recueilli par Raphaëlle Baillot