La télé-science, plus gadget que prise de tête

©2006 20 minutes

— 

« Nous allons vous montrer comment fonctionne le goût, à grand renfort d'images en trois dimensions extrêmement spectaculaires. » La présentation de Peggy Olmi annonce la couleur : l'hebdo scientifique « Mondes et merveilles », que France 5 dégaine ce soir à 20 h 40, à l'occasion de la Fête de la science, ne brigue aucun prix Nobel. Plus récréative qu'informative, cette nouvelle case est à la recherche ce que le hamburger est à la gastronomie. Prévisible, car science et audience ne riment que sur le papier. TF1, Canal+ ou Arte le savent bien et ont depuis des lustres zappé tout rendez-vous régulier sur le sujet.

A l'instar de « Mondes et merveilles » les rendez-vous qui subsistent, tels « E=M6 », «C'est pas sorcier » sur France 3 ou « Rayons X » sur France 2, contournent l'explication savante et privilégient la vie quotidienne. « Le but est de faire de la télé-science sympathique », souligne Vincent Feragus de l'unité magazines de France 5. « Par exemple, détaille Peggy Olmi, nous chercherons à comprendre comment on obtient un green de golf parfait. Les intégristes de l'intellectualisme trouveront cela limite. Mais on traite aussi des thèmes sérieux, tel le champ magnétique terrestre, en sollicitant des sommités. Les images hors du commun permettent, elles, d'intéresser le plus grand nombre. » Bref, qu'importe l'érudition, pourvu qu'on draine des téléspectateurs. Le 11 décembre 2005, « E=M6 » invitait ainsi ses fidèles à tester le QI de leur chien. Présentateur du mag depuis 1991, Mac Lesggy assume la part de vulgarisation-spectacle. « Filmer une conférence de médaillés d'or du CNRS c'est très bien, mais cela ne passionnera que 10 000 insomniaques. Rien ne nous empêche de faire du ludique si l'info est rigoureuse. » Le 2 septembre, son prime time, « Typiquement féminin, typiquement masculin », censé expliquer rationnellement les différences entre les sexes, a pourtant exaspéré la chercheuse Christine Detrez : « Sous couvert du “scientifiquement prouvé”, l'émission a flatté le sens commun sur les rôles préétablis des hommes et des femmes. En omettant de signaler que d'autres travaux de neurobiologie disent le contraire ! »

Raphaëlle Baillot