Mort à «Koh-Lanta»: «Ce n'est pas un problème de télé-réalité»

TELEVISION Alors que le CSA annonce vouloir «aller plus loin» dans l’encadrement de la télé-réalité, deux spécialistes du genre interrogés par «20 Minutes» considèrent qu'il ne faut pas tout confondre...

Annabelle Laurent

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Les rouges dans l'équipe des radeaux, dans la saison 7 de Koh-Lanta. 
Les rouges dans l'équipe des radeaux, dans la saison 7 de Koh-Lanta.  — CHOGNARD/CHEVALIN/TF1/SIPA

Au lendemain du suicide du médecin de «Koh-Lanta», le CSA, qui planchait déjà sur la question, veut passer à la vitesse supérieure et condamner la «violence de la télé-réalité». C’est ce qu’a annoncé ce mardi matin Françoise Laborde au micro d’Europe 1, en évoquant deux pistes principales: la suppression de certains programmes de télé-réalité avant 22h, et la présence d’un psychologue en permanence sur les tournages. 

«Le CSA fait son job, mais de mon point de vue, c’est hors sujet.  C’est un accident, pas un phénomène de société, pas un symbole du déclin de la télé-réalité», assure à 20 Minutes Bertrand Villegas, co-fondateur de The Wit, une société d’observation des médias audiovisuels. 

«Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec la violence de la télé-réalité. Il y a trois mois, tout le monde parlait de "Koh-Lanta" comme d’une émission sur le dépassement, y participer était le nouveau défi à la mode, l’image du programme était très positive. C’est un accident qui a eu ces conséquences là parce que les candidats sont isolés des secours», note l’expert en télévision, qui souligne la singularité du programme: «C’est la seule émission au monde dont le concept est de vous isoler, de vous priver et de vous demander de vous dépasser dans ces conditions. C’est un jeu extrême et il n’y en a qu’un, on ne peut pas le comparer, et je ne vois pas pourquoi les risques inhérents au programme, qui restent à déterminer, contamineraient d’autres émissions.»

Ironie de l’histoire

«"Koh-Lanta" n’est pas toute la télé-réalité! S’il est probable que l'émission s’arrête en tout cas pour un bon moment, ça ne signe pas pour autant l’arrêt de la télé-réalité» renchérit la sémiologue Virginie Spies, interrogée par 20 Minutes.  «"Koh-Lanta" n’a rien à voir avec "Secret Story". On pourrait très bien estimer que les "Anges de la télé-réalité" est aussi un programme violent, choquant, dans ce cas là, au lieu de mettre des "bips" sur toutes les insultes», poursuit la sémiologue.

«L’ironie de l’histoire, c’est que l’accident arrive dans le pays qui a pris le concept de l’émission avec le plus de pincettes, souligne Bertrand Villegas. Il faut rappeler qu’avant le premier "Koh-Lanta", TF1 avait beaucoup hésité, ils avaient peur de le faire! Puis ils ont décidé de l’axer sur le défi sportif, de choisir un présentateur issu du milieu (Denis Brogniart), pour se positionner différemment du jeu de survie pur et simple qu’était la version américaine, dans laquelle il n’est jamais rien arrivé alors qu’il y a eu 25 saisons!»

Que les évènements tragiques de «Koh-Lanta» passionnent le public et alimentent des débats plus généraux sur la télé-réalité ne surprend pas Virginie Spies. «C’est le signe de l’intérêt grandissant des Français pour la télé, estime la sémiologue. Les Français critiquent beaucoup la télé, mais ils l’aiment, et quand on aime on a beaucoup d’attente et de désillusion. Leur rapport à la télé n’est pas sain. C’est pour ça que ça devient une affaire ultra publique alors que ce n’en est pas une.»