Le cinéma a peur de voir venir sa dernière séance

©2006 20 minutes

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Film du dimanche sacrifié, ciné affolé ! Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, veut calmer les craintes des professionnels du septième art en les conviant cette semaine à une concertation avec les grandes chaînes. Car le 10 septembre, un séisme a bouleversé le PAF : TF1 a supprimé son rendez-vous ciné dominical, huit ans après France 2. « Entre “Les Experts” sur la Une et “FBI : portés disparus” sur la Deux, la télé de fin de week-end, c'est Los Angeles ! », déplore Alain Terzian, producteur des Visiteurs. Les films marchent bien pourtant ! La preuve, Le Dîner de cons a réuni 11 millions d'amateurs sur TF1 l'année dernière ! » Président de l'Union des producteurs français, il a appelé le gouvernement à la rescousse. « Nous souhaitons que le service public remplisse sa mission, et réserve deux soirées hebdomadaires aux films. »

Un quota qui ne dit pas son nom, mais un enjeu clairement posé, celui de la survie des longs métrages tricolores. Et pour cause, la télévision finance les toiles à hauteur de 30 %. Or, les professionnels de la filière redoutent que le désamour des chaînes ne les prive à terme de cette manne. « Déjà que les mômes de 15 ans préfèrent les films américains », s'alarme Cédric Klapisch. Et le réalisateur des Poupées russes de convoquer l'exception culturelle française : « Si la télé ne nous soutient plus, c'est la fin de la diversité artistique. Le cinéma, ce n'est pas n'importe quel produit de consommation ». Un point de vue qui pèse peu face aux lois du marché.

« On ne va pas reprocher aux chaînes de satisfaire leur public », lance Jacques Peskine, président de l'Union syndicale de la production audiovisuelle. Des propos corroborés par les 30 % de parts de marché drainés par « Les Experts » du dimanche. Et là n'est pas le seul atout dans la manche des 52 minutes. Quatre fois moins chers à l'achat que les films, ils permettent aussi davantage de coupures publicitaires. Dans la ligne de mire de l'industrie du film, France Télévisions aimerait bien que TF1 aussi « soit visée par la demande des producteurs ». En 2006-2007, la Une ne programmera que 65 films. Contre 150 il y a cinq ans.

Raphaëlle Baillot